Investir dans la sécurité alimentaire : possibilités offertes aux investisseurs canadiens

Veuillez noter que ce blogue a été initialement poster sur le site web de Responsible Investment Association (RIA).

Article d’invité par Peter Chapman, directeur général, SHARE

Systèmes alimentaires durables au Canada: un rôle pour les investisseurs a été publié par l’organisme Shareholder Association for Research & Education (SHARE), un chef de file de l’investissement responsable au Canada. Le financement du rapport a été assuré par des fondations philanthropiques canadiennes, dont la Fondation de la famille J.W. McConnell. 

Plants de maïs desséchés au Nebraska. Source : AP.


Quand je vois par la fenêtre les derniers légumes rustiques couverts de givre dans mon potager, les forces à l’œuvre sont évidentes : le froid et le manque d’heures de clarté. Mais pour les investisseurs institutionnels, il est moins évident de voir les risques et les possibilités liés à nos systèmes alimentaires – ou le lien entre le rendement du capital investi et la résilience, la viabilité et l’accessibilité des systèmes alimentaires. Pour nous aider à mieux saisir ces enjeux, l’Association des actionnaires pour la recherche et l’éducation vient de produire un rapport, Systèmes alimentaires durables au Canada : un rôle pour les investisseurs.
Une difficulté fondamentale des systèmes alimentaires mondiaux en matière de viabilité est d’assurer la sécurité alimentaire pour tous. En gros, la sécurité alimentaire est la capacité de se procurer des aliments sains et nutritifs en quantité suffisante. L’insécurité alimentaire est souvent liée à l’instabilité politique, aux sécheresses et à la guerre. Divers facteurs l’exacerbent : concurrence pour les terres arables, changements climatiques, érosion du sol, catastrophes naturelles et maladie. Les pratiques d’entreprise qui modifient la fonction des terres agricoles – pour produire des cultures de rentes [1] et des biocarburants ou élever du bétail – peuvent compromettre la sécurité alimentaire, notamment pour les agriculteurs à petite échelle et ceux qui se consacrent aux cultures vivrières.
L’insécurité alimentaire existe aussi dans les ménages. Ici au Canada, environ quatre millions de personnes, dont plus d’un million d’enfants, vivaient de l’insécurité alimentaire en 2012.[2] Cette insécurité alimentaire à l’échelle des ménages est perpétuée par la stagnation des salaires, l’exclusion économique et sociale, et un filet social insuffisant.
Selon le rapport du Forum économique mondial sur les risques mondiaux, les pénuries alimentaires sont l’un des grands risques qui menacent l’économie mondiale. Pour gérer ce risque et améliorer la sécurité alimentaire, les investisseurs peuvent notamment inciter les entreprises de la chaîne de valeur alimentaire à modifier leur impact sur la sécurité alimentaire. Ainsi, dans la chaîne d’approvisionnement de l’industrie alimentaire, les investisseurs peuvent favoriser des politiques et des pratiques qui protègent les droits fonciers et les droits de pêche, assurent des conditions de travail décentes et appuient les moyens de subsistance des producteurs. Un autre précieux outil pour les investisseurs est l’Indice d’accès à la nutrition (ATNI), un programme mondial qui évalue les politiques, pratiques et résultats des fabricants d’aliments et boissons au regard de l’obésité et la sous-alimentation, notamment en ce qui a trait à l’engagement des entreprises à améliorer l’accès à des aliments nutritifs d’un coût abordable.
En plus d’influer sur les sociétés cotées en bourse, les investisseurs peuvent intégrer des considérations relatives à la sécurité alimentaire dans d’autres classes d’actif, dont l’investissement direct et indirect dans les terres agricoles. Les nouveaux Principes pour un investissement responsable dans l’agriculture (PRAI) soulignent les éléments à considérer avant d’investir dans les actifs agricoles, notamment la sécurité alimentaire et les droits fonciers. Ceux qui désirent investir dans les terres agricoles peuvent participer à des fonds de terres agricoles dotés d’objectifs précis sur le plan de la viabilité, notamment la protection des terres agricoles contre le développement et la spéculation, et le maintien des moyens de subsistance des agriculteurs.
Dans leur préface du rapport de SHARE, Beth Hunter et Stephen Huddart de la Fondation McConnell appellent à « des discussions entre les investisseurs et les sociétés qui se préoccupent du futur du secteur alimentaire et de la participation de tous pour garantir une alimentation saine et une production durable pour toute la population ». C’est une bonne intention à matérialiser tout au long des mois d’hiver. On peut télécharger Systèmes alimentaires durables au Canada : un rôle pour les investisseurs en français et en anglais à http://www.share.ca/news/building-sustainable-food-systems-a-role-for-investors/.
Peter Chapman est directeur général de l’Association des actionnaires pour la recherche et l’éducation (SHARE). SHARE est l’un des grands fournisseurs de services de vote par procuration, d’engagement des actionnaires et de consultation publique dans le secteur canadien de l’investissement institutionnel, en plus d’offrir aux fiduciaires de pension et autres décideurs en matière d’investissement des services de formation sur la gouvernance et l’investissement.
[1] Par exemple, une enquête récente d’Oxfam a révélé que depuis 2000, il y a eu plus de 885 acquisitions massives de terres totalisant quelque 79 millions d’acres dans le monde; environ le tiers était lié à un investissement dans des cultures de rente telles que la canne à sucre, l’huile de palme et le soja. Voir http://www.oxfamamerica.org/press/publications/nothing-sweet-about-it.
[2] V. Tarasuk, A. Mitchell et N. Dachner, Household Food Insecurity in Canada, 2012. En ligne : http://nutritionalsciences.lamp.utoronto.ca/wp-content/uploads/2014/05/Household_Food_Insecurity_in_Canada-2012_ENG.pdf