Une politique alimentaire nationale et l’avenir de l’alimentation


 
J’écris ce billet de blogue dans un avion, alors que je viens juste de terminer le dernier documentaire de Michael Moore, Where to Invade Next. Moore conclut son œuvre en évoquant la chute du mur de Berlin en 1989, lorsque des gens se sont munis de marteaux et de ciseaux pour briser la structure de béton devenue désuète. Selon moi, le système alimentaire de la prochaine génération de Canadiens sera aussi différent de celui d’aujourd’hui qu’est l’Allemagne de la chancelière Angela Merkel du pays dans lequel elle a grandi.
Twenty years ago, on November 9, 1989, jubilant crowds celebrated the opening of border crossings along the Berlin Wall. To find out more about the Berlin Wall, please visit www.Germany.info/withoutwalls. Copyright: Press and Information Office of the Federal Government of Germany. (PRNewsFoto/German Embassy Washington, DC)
On peut dire que les consommateurs, surtout les jeunes, ne font plus confiance à notre système alimentaire, un peu comme les Allemands de l’Est ne croient plus au mensonge soviétique. De nombreux signes portent à croire que l’alimentation de l’avenir sera plus locale, diversifiée, décentralisée, durable et biologique. En réalité, le système local connaît déjà une forte croissance en marge du système dominant, et ce, malgré un contexte politique axé depuis des décennies sur une production industrielle où l’on mesure la réussite par la croissance des exportations. La politique gouvernementale est de plus en plus déconnectée par rapport à la manière dont un nombre croissant de gens abordent l’alimentation. Ces derniers se préoccupent des répercussions sur la santé d’une surutilisation d’antibiotique et de pesticides. La disparition d’espèces entières (abeilles, monarques, thon) ainsi que les risques liés à des formes extrêmes de manipulation génétique (biologie synthétique, poisson GM) leur font peur. Ils ne font plus confiance aux produits de l’industrie alimentaire et de l’agriculture industrielle. Ils sont inquiets quant au droit des travailleurs, des agriculteurs et des pêcheurs de gagner décemment leur vie tout en cultivant la nourriture dont nous avons besoin pour survivre. Enfin, lorsqu’on leur donne le choix, comme dans le cas de la récente controverse entourant le ketchup French, ils optent sans hésitation pour des aliments locaux.

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Je pense donc observer à l’avenir un système alimentaire plus transparent et diversifié.

Il va sans dire que de grandes exploitations industrielles continueront de produire des biens pour l’exportation, mais de plus en plus de Canadiens, et un nombre croissant d’établissements publics, comme des écoles et des hôpitaux, cultiveront leurs propres aliments ou s’approvisionneront localement, souvent directement auprès des agriculteurs ou dans le cadre d’un modèle d’agriculture soutenue par la communauté. Cette décentralisation et localisation du système alimentaire seront accompagnées d’une révolution en matière d’énergies renouvelables et d’un meilleur accès à l’information, au fur et à mesure que nous améliorerons collectivement notre capacité à consommer de manière responsable. Il faudra par conséquent rebâtir le centre, c’est?à?dire les transformateurs, les infrastructures de transport et de stockage, les abattoirs, etc., afin de dynamiser les économies locales et propulser la création d’emplois. Les femmes, les jeunes, les Autochtones, les nouveaux arrivants, tous auront un rôle à jouer dans cette transition.

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Nous rencontrerons de gros obstacles en chemin et le facteur critique sera le rôle joué par les gouvernements. Pourront-ils être assez avant-gardistes pour aider, ou même diriger la transition? Où traîneront-ils de la patte derrière la population qui, elle, continuera de bâtir en marge un système alimentaire où l’abondance, le troc et la cuisine occupent une place de choix? Plusieurs signes d’innovations sont visibles en matière de politiques municipales et provinciales, mais il reste à voir si le Canada en tant que pays profitera de l’occasion pour élaborer une politique alimentaire concertée. Selon Rod MacRae, celle-ci renvoie « au contexte politique cohérent et exhaustif qui permet d’accorder le rôle et le fonctionnement du système alimentaire aux objectifs de promouvoir la santé, d’instaurer la justice sociale et d’assurer la durabilité environnementale ». Une politique alimentaire nationale créée en consultation avec la société civile fait partie de la lettre de mandat du ministère de l’Agriculture. Il revient donc aux Canadiens de veiller à ce que cela devienne réalité.
Diana blog
 
Joignez-vous au Réseau pour une alimentation durable à l’occasion de son assemblée annuelle, qui aura lieu à Toronto en octobre, pour prendre part à l’élaboration d’une politique alimentaire nationale.
 


Mon plat réconfortant ?

Un bol Bouddha de chez Aux Vivres le vendredi soir après une semaine bien remplie. Pour un choix un peu moins santé : le macaroni au fromage de ma maman (fait avec du cheddar fort, bien sûr!).


À propos de l’auteure

Diana Bronson est la Directrice générale du Réseau pour une alimentation durable. Le Réseau pour une alimentation durable est une alliance pancanadienne d’organisations et de personnes qui travaillent à promouvoir la sécurité alimentaire et la souveraineté alimentaire à l’échelle nationale et internationale.

 
Ce blogue fait partie de la série L’alimentation au futur. Nous voulions savoir à quoi ressembleront les aliments du futur? Où allons-nous, où voulons-nous aller et que pouvons-nous faire pour changer les choses? Au cours des six prochains mois, nous tendrons le micro à 12 penseurs en matière d’alimentation au Canada pour tenter de répondre à ces questions cruciales.
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