Vous connaissez peut-être l’histoire de la personne qui tombe dans un trou sur le trottoir. Elle marche sur le trottoir, tombe dans un trou, en ressort et repart du même endroit. Elle marche sur le même trottoir et tombe à nouveau dans le même trou. En fait, elle continue à tomber dans le trou et à en ressortir, toujours sur le même trajet, jusqu’à ce que quelqu’un lui montre une rue parallèle, un autre chemin à emprunter pour se rendre à destination.

Nous avons entendu cette histoire dans le cadre de recherches sur les dépendances, ou pour décrire des habitudes apparemment immuables. Cela illustre comment les habitudes et les façons d’être sont profondément ancrées dans certains modes de pensée. En revoyant la dernière année de travail de WellAhead, nous avons fini par réaliser que nous étions peut-être tombés nous-mêmes dans le piège des habitudes.

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Dans la phase de recherche et de conception de WellAhead, l’une des principales difficultés (notre trou) était que nous abordions la santé mentale et le bien-être comme un programme à réaliser en milieu scolaire plutôt qu’une façon d’être, un changement de culture. Les programmes dans le domaine étaient d’efficacité variable, coûteux et difficiles à adapter à l’ensemble des écoles. De plus, comme ils étaient souvent élaborés et livrés par des personnes de l’extérieur, ils n’étaient pas intégrés aux collectivités scolaires. Nous avions l’impression que les districts scolaires et les collectivités devaient participer à l’élaboration de la vision et à l’intervention pour le changement plutôt que de se limiter à recevoir des solutions. Nous avons donc fait l’hypothèse qu’il serait peut-être plus efficace de réunir un éventail d’intervenants dans un processus participatif émergent que d’imposer un programme déjà très défini.

Saut de huit mois dans le temps : WellAhead a appuyé six districts engagés dans un processus de type lab social, axé sur les pratiques quotidiennes qui favorisent le bien-être socio-affectif. Notre réflexion sur l’année écoulée :

  • Tout n’a pas été parfait cette année. Nous avons appris TANT de choses et tant d’éléments clés ont exercé un impact – qu’est-ce qu’on peut garder et qu’est-ce qu’on peut retirer du processus de WellAhead?
  • Comment raffiner nos outils et les partager dans une version plus achevée – peut-être dans un manuel? Comment inciter plus de districts et plus d’écoles à embarquer dans le processus?
  • Comment inciter plus d’endroits à réaliser ce processus, même sans notre soutien?

Ce sont de bonnes questions, des questions réfléchies. Mais elles posent toutes le même problème : ce sont des questions fondées sur une mentalité de programme, des questions axées sur la répétition. Nous faisions l’hypothèse que le processus que nous avions réalisé devait être répété et raffiné, plutôt que de nous demander quel type de processus, de collaborations et d’interventions exercerait le plus d’impact à long terme sur le bien-être socio-affectif.

Nous en étions là : à nous percevoir comme un programme, une intervention pilote qui avait été réalisée et qui devait bientôt être répétée dans l’ensemble des districts.

 

Nous étions tombés tout droit dans le piège que nous voulions éviter..

 

Plutôt que de nous voir comme des facilitateurs neutres désireux de continuer à apprendre, aux côtés de districts et de programmes, et grâce à eux, nous cherchions le moyen de répéter notre modèle et d’inciter plus d’écoles à l’adopter.

Alors, où en sommes-nous maintenant?

  • Nous avons développé plus d’empathie pour la mentalité de programme : quand on a créé quelque chose de prometteur, il est difficile de lâcher prise et d’accepter que le programme proprement dit n’est peut-être pas essentiel à l’atteinte de l’objectif final.
  • Nous nous demandons régulièrement si nos interventions renforcent les capacités ou si elles incitent plutôt à se fier à nous pour trouver une solution. Cela peut vouloir dire qu’il faut davantage soutenir le travail fait par d’autres que faire nous-mêmes le travail.
  • Nous étudions de plus près le travail à l’échelle provinciale et les interventions susceptibles d’accroître l’intégration du bien-être dans les écoles au niveau systémique, ainsi que le meilleur rôle pour nous dans cette sphère.
  • Nous cherchons des moyens d’utiliser ce que nous avons appris cette année pour donner une valeur ajoutée au travail réalisé dans le domaine – peut-être en rencontrant des écoles ayant leur propre processus afin d’identifier les éléments clés de nos approches respectives qui semble exercer un impact. Cela briserait la mentalité d’attachement dans laquelle nous étions tombés.

Restez à l’affut pour plus d’information sur ce que nous avons testé l’an dernier, ce qui a fonctionné et ce qui a échoué, et les leçons que nous pouvons en tirer pour nous rapprocher de notre objectif final : l’intégration soutenue du bien-être dans les collectivités scolaires. Qu’en pensez-vous? Reconnaissez-vous des éléments de notre expérience dans le travail que vous réalisez? Si vous avez mené vous-même une réflexion sur l’erreur qui consiste à tomber dans le piège que l’on voulait éviter, nous serions ravis de la connaître!