Par Cara McKenna

Ryan McMahon découvre le pouvoir des voix avec le Makoons Media Group 

Janet Rogers, qui travaille en radio depuis dix ans, croit qu’il est temps pour les Autochtones d’innover dans les médias. Elle anime une émission intitulée Native Waves Radio sur CFUV à Victoria. « Nous sommes en train de récupérer ces outils tout seuls, sans le filtre colonisé. Nous apprenons peu à peu à créer une voix et à la faire vivre par l’entremise de la baladodiffusion. »

Ce n’est pas facile, selon Ryan McMahon, fondateur du Makoons Media Group, dont le succès le plus connu jusqu’ici est le réseau de baladodiffusion Indian & Cowboy. « Les Blancs ont toujours contrôlé le regard… et ce regard nous a toujours exploités et exploité nos faiblesses. » Pour changer la donne, McMahon est à développer sa vision d’un réseau de baladodiffusion autochtone, avec le soutien du Fonds de démonstration de l’innovation autochtone (FDIA).

Le FDIA soutient des organismes désireux d’élaborer ou développer un projet autochtone d’innovation sociale ou une entreprise autochtone à vocation sociale. Il est le fruit d’un partenariat entre l’Association nationale des centres d’amitié, Affaires autochtones et du Nord Canada (AANC) et La fondation de la famille J.W. McConnell.

Quand il a appris l’existence du fonds à la fin novembre, McMahon était à mi-chemin d’une tournée nationale en vue de recueillir du matériel pour une baladoémission, Stories from the Land. À l’enregistrement en direct de l’événement à Victoria le 22 novembre, quelques dizaines de personnes se sont réunies au centre autochtone de l’Université Royal Roads pour entendre les récits et voir le spectacle de plusieurs personnes des environs.

Rogers a récité un poème et Art Napoleon, musicien et personnalité connue dans les médias, a offert un numéro comique et interprété une chanson. McMahon l’a ensuite interviewé au sujet du barrage du Site C, que l’on érige sur le territoire natal de Napoleon.

Pour Napoleon, le simple fait de créer un dialogue est essentiel, surtout avec l’augmentation fulgurante du nombre de jeunes autochtones.

« Le dialogue est un élément clé. Il bâtit des ponts dans le mouvement, surtout avec les jeunes, qui ne seraient pas touchés autrement », explique Napoleon après l’événement. « C’est la voie de l’avenir d’après moi – créer des expériences où les gens peuvent s’asseoir ensemble comme s’ils étaient dans le salon chez quelqu’un. »

McMahon convient que le geste est avant-gardiste en soi. Il a noté plusieurs heureux hasards pendant la tournée de Stories from the Land, notamment les retrouvailles de parents qui s’étaient perdus de vue depuis longtemps.

« À mon avis, la réconciliation et ce travail sont une occasion de se retrouver et de créer des moyens de nous reconstruire et de reconstruire nos collectivités », réfléchit McMahon, lui-même membre de la nation Anishinaabe. « Si ce pays pouvait seulement embrasser ce que les récits et les connaissances autochtones ont à offrir, la vie ici serait tellement meilleure pour tous! »

Pour sa part, Rogers constate que c’est en train d’arriver dans plusieurs collectivités autochtones. « Il y a beaucoup plus de cinéastes maintenant, plus d’écrivains, tout le monde apporte sa pierre à l’édifice et c’est très bien. Nous sommes des gens créatifs. »

 

Bâtir un empire VICE autochtone 

McMahon a lancé Indian & Cowboy en 2014. Vu la présence régulière du populaire humoriste à CBC, il a facilement trouvé un auditoire… mais il peine à trouver des ressources. Le réseau vit avec environ 1300 $ par mois grâce aux dons versés par les auditeurs sur Patreon.com.

Ryan McMahon

Indian & Cowboy est présentement le seul réseau de baladodiffusion autochtone soutenu par ses auditeurs, et il offre huit émissions – dont trois créées par McMahon lui-même. Celui-ci espère que le nouveau fonds lui permettra d’atteindre plus vite son objectif : élargir le réseau pour en faire une version autochtone de l’empire médiatique VICE à Brooklyn.

« “[L’objectif] est de créer une industrie et une économie autour de nos propres médias, ce que nous n’avons jamais eu », explique-t-il. « La subvention va servir à bâtir l’infrastructure de notre entreprise pour aller cherche cet auditoire. Pouvoir commencer à diffuser adéquatement. »

Ses objectifs en matière de croissance englobent la tenue d’événements et de festivals, l’expansion du contenu imprimé et vidéo, des mandats de journalisme d’enquête et la création d’une application. Tout cela pour mettre sur pied, dans ses mots « un pôle de l’innovation et du récit », au croisement du savoir traditionnel et des technologies de pointe.

McMahon veut trouver 5000 personnes pour soutenir ce travail chaque mois. Si les abonnés paient le même tarif que pour Netflix, il pourra commencer à embaucher du personnel tout en conservant son indépendance.

« Imaginez, un budget mensuel de 50 000 $ pour une petite entreprise autochtone en démarrage, c’est bon! Ce qui m’intéresse, c’est la façon de nous représenter et de représenter nos forces, le meilleur de nous-mêmes. C’est ça le réseau pour moi : une collectivité où les voix autochtones sont en sécurité, où on en prend soin et où on les amplifie. »

« Le Far West, c’est comme ça que nous appelons Internet. Ce n’est pas les cowboys et les Indiens, c’est les Indiens et les cowboys! »

 

 

Cara McKenna est journaliste pigiste de descendance métisse en Alberta. Elle vit présentement à Vancouver.

 

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