Peindre l’avenir : Plus de débouchés pour des aliments sains produits localement de manière durable

Beth-author-FRIl y a trois ans, j’ai fait partie d’un petit groupe de cadres supérieurs de trois fondations qui s’étaient réunis pour parler de leur travail commun en vue d’appuyer le développement d’aliments sains produits localement : faciliter l’accès aux marchés pour les agriculteurs; améliorer les chaînes d’approvisionnement; préserver les bonnes terres agricoles; sensibiliser la population et éclairer les politiques publiques. Ce qui manque, avons-nous songé, c’est la toile de fond qui nous aiderait, ainsi que d’autres, à saisir le contexte dans lequel s’inscrit tout ce travail : importations, exportations, pollution, gaspillage, taxes et subsides.
Nous avons donc décidé de commander ensemble une recherche qui peindrait ce tableau, et mandaté une équipe dotée d’un vaste éventail de compétences et d’expérience dirigée par Atif Kubursi d’Econometrics. À la solide expérience de l’équipe d’Econometrics en matière de modélisation de l’économie et du transport s’ajoutaient la connaissance de la dynamique rurale apportée par Harry Cumming et l’expertise en matière de politiques alimentaires fournie par Rod MacRae. Tout au long des travaux, la conversation s’est poursuivie entre chercheurs et personnel des fondations.
Contrairement à la plupart des artistes qui peignent un paysage, les chercheurs ignoraient de quoi l’œuvre aurait l’air une fois terminée. Le plan de communication s’en trouva sérieusement compliqué, mais le processus fut excitant jusqu’à la fin! La recherche entreprit de faire le suivi des principaux impacts économiques et environnementaux du système alimentaire dans le sud de l’Ontario (une région où travaillaient les trois fondations). Le constat : l’alimentation locale exerce des impacts largement positifs – l’économie alimentaire crée des emplois et produit des recettes fiscales.
L’impact positif de l’alimentation sur l’économie ontarienne était bien connu des universitaires et des décideurs, même s’ils n’avaient pas l’information détaillée selon le comté fournie par le rapport. Mais les chercheurs ont aussi quantifié des scénarios possibles : quel serait l’effet d’une consommation accrue d’aliments produits localement, d’aliments sains ou d’aliments biologiques? La discussion sur les divers scénarios possibles fut l’un des aspects les plus intéressants du processus.
D&S Info p. 83Nous n’allons pas nous mettre à cultiver des bananes dans la vallée du Niagara, mais l’analyse établit que plus de la moitié du déficit commercial de 20 milliards $ de l’Ontario disparaîtrait avec l’introduction de plus d’aliments locaux. En remplaçant par des produits cultivés en Ontario 10 % des dix fruits et légumes importés les plus courants, le PIB grimperait de 250 millions $ et cela créerait 3400 nouveaux emplois à temps plein. La faisabilité des scénarios dépend toutefois des choix retenus par les entrepreneurs, les gouvernements et d’autres acteurs en ce qui a trait à l’utilisation du territoire, aux infrastructures locales et à d’autres ressources. Ainsi, la consommation accrue de produits biologiques se traduirait par une augmentation des émissions en raison du transport routier sur de longues distances, à moins de consacrer plus de terres à la production biologique en Ontario.
Pour ma part, l’un des constats les plus intéressants du rapport est l’impact environnemental du transport des céréales, qui produit plus de 84 % de toutes les émissions liées au transport en agriculture. C’est en grande partie du maïs-grain transporté dans tout l’Ontario et aux É.-U. En focalisant sur l’essor des systèmes alimentaires locaux, il est facile d’oublier le contexte plus vaste du système alimentaire actuel, axé sur les produits de base – très souvent fondé sur les aliments transformés dérivés du maïs.
Dans l’avant-propos du rapport, on note que la croissance récente de l’alimentation locale vient en grande partie de la demande des consommateurs, tout en soulignant l’importance de conditions propices à l’essor de ces systèmes sur le plan du milieu réglementaire, de l’infrastructure et des réseaux de distribution. Comme le fait remarquer le chercheur principal Atif Kubursi, le véritable changement systémique exigera toutefois des efforts d’un vaste paysage d’acteurs, à l’intérieur et à l’extérieur de la chaîne d’approvisionnement : les pêcheurs et les agriculteurs, les décideurs, les entrepreneurs, le milieu sans but lucratif, le monde universitaire… et des gens comme vous et moi!

D&S-info

Cliquez sur l’image ci-dessus pour visionner l’infographique complète (en anglais seulement)


Un webinaire sur les résultats de recherche s’est tenu le 27 avril, 2015 – vous pouvez en obtenir l’enregistrement ici.