Patience, persévérance et paperasse: Réflexions tirées de mon stage avec Des villes pour tous

Jane-Zhang-Author-FR
Les villes sont le nouveau noir.

Partout dans le monde, des gens s’ouvrent à un sentiment d’urgence mondiale – la biosphère en a marre de notre empreinte anthropique et nous sommes tous dans le même bateau. Les urbanistes l’ont clamé haut et fort : le meilleur moyen de prendre le taureau par les cornes, c’est à partir de nos maisons, nos rues et nos quartiers.
En bonne société technophile, nous avons toutefois réduit la viabilité à une science et recourons habituellement à des panacées technos pour résoudre des enjeux sociétaux complexes et à long terme. À l’heure des changements climatiques, on croit malheureusement que la résilience urbaine consiste à ériger des digues pour contenir les inondations.
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Un avantage de l’optimisme, c’est de voir les changements climatiques comme une possibilité – de restructurer nos collectivités, un petit pas à la fois. Partout sur la planète, des citoyens créent des jardins collectifs, mettent leurs outils en commun et transforment les déchets en trésor; des gens sont en train de former des collectivités urbaines résilientes, sans géo-ingénierie ni certifications ronflantes.
Cela dit, le changement systémique exige une action à la grandeur du système. La Fondation de la famille J.W. McConnell et le petit groupe à l’origine du programme Des villes pour tous se sont posé une question : les innovations et projets ponctuels font-ils plus que la somme de leurs parties? Sans doute pas. Il était temps de consolider le mouvement.
Depuis neuf mois, j’ai la chance unique de collaborer à cette expérience émergente en vue d’abattre les cloisons, d’inciter les gens à se parler : les fonctionnaires avec les artistes, les dirigeants municipaux avec les récupérateurs de déchets, les penseurs avec les faiseurs… tout ça dans le cadre du travail de tous les jours en vue de rendre nos villes meilleures.
Au début, j’étais une néophyte dans le monde de l’innovation sociale. Un mentor m’a proposé cette analogie : « L’invention, c’est le savon; l’innovation, c’est que les gens aient une vision toute nouvelle de leur corps et de l’hygiène ». La ville ne manque pas d’inventions – des vélos pliables aux applications mobiles de détection des séismes. Il faut juste les utiliser judicieusement et secouer nos systèmes institutionnels afin qu’ils puissent mieux combler les besoins de l’homo sapiens et de la planète.
Même si l’innovation sociale et l’expérimentation sont tendance au même titre que le kale bio local, le changement systémique n’est pas toujours aussi prestigieux qu’il en a l’air. Jeune diplômée pleine d’idées pour améliorer Montréal, j’ai piaffé d’impatience pendant des mois en attendant les assemblées de quartier avec la maire Coderre.
Ce que notre charmant site web ne montre pas, c’est que tout projet ambitieux exige de la patience, de la persévérance et beaucoup de paperasse. Je pense que neuf mois de chaînes de courriels, d’appels Skype et de rapports de programme m’ont ramenée sur terre. C’est une chose de consacrer un dimanche après-midi à manifester dans la rue pour la justice climatique. C’est une autre histoire de travailler toute la journée, chaque jour, pour entrevoir le véritable changement systémique qui vient de l’établissement de liens durables et de la préparation laborieuse de rapports sur le modeste bureau d’une fondation vraiment remarquable.