Créer de la valeur par des chaînes alimentaires locales et durables

Introduction au numéro de l’été 2017 du bulletin de Nourrir la santé, par l’équipe de Nourrir la santé et Wendy Smithcontractuelle experte, MEALsource et conseillère de Nourrir la santé

Nous avons fait des progrès étonnants pour favoriser l’essor des aliments locaux au Canada. Il y a cinq ans , on ne pouvait même pas imaginer que l’achat local fasse partie des priorités des établissements de santé. Aujourd’hui, l’alimentation locale s’installe dans la culture alimentaire des institutions et un nombre croissant d’hôpitaux demande aux distributeurs des aliments locaux produits de manière durable. S’il faut se réjouir de ces succès, il est également temps pour nous de miser sur la passion grandissante pour les aliments locaux afin de lancer un débat plus large sur la responsabilité du domaine de la santé d’appuyer un système alimentaire florissant et durable qui génère la santé. Avec Nourrir la santé, nous voulons explorer cette question plus en profondeur : quelle est la valeur ajoutée de l’achat local et durable dans le domaine des soins de santé?

Il faut d’abord explorer le concept d’achat fondé sur la valeur ajoutée. On considère présentement que le meilleur rapport qualité/prix consiste à obtenir la meilleure qualité au prix le plus bas. Quand les fournisseurs s’efforcent d’offrir le prix le plus bas, cela les incite à réduire le plus possible leurs coûts de fonctionnement afin d’offrir des prix concurrentiels en réponse aux appels d’offres (AO).

Après six mois d’activité, Nourrir la santé a constaté le besoin d’élaborer un cadre d’approvisionnement durable, avec un ensemble de mesures d’évaluation qui aiderait les établissements à mesurer les avantages sur le plan communautaire, social, économique et environnemental. Il faut pour cela approfondir le concept d’aliment local afin de voir les valeurs qui le sous-tendent. Par exemple, pourquoi ne pas définir des normes minimales pour les contrats afin que les acheteurs puissent évaluer les propositions en fonction de mesures comme l’empreinte carbone, la biodiversité, la création d’emplois locaux, la réduction des déchets alimentaires et d’emballage, et le respect des besoins culturels de la collectivité desservie par l’hôpital?

Ce numéro de l’été 2017 du bulletin de Nourrir la santé raconte l’histoire d’innovateurs de Nourrir la santé qui explorent et qui élargissent le concept de meilleur rapport qualité/prix dans leur travail partout au Canada. Dan Munshawdécrit les avantages pour l’environnement et la collectivité de l’approvisionnement stratégique de la Ville de Thunder Bay; il explique comment il modélise des approches pour les établissements publics de se réapproprier leurs chaînes d’approvisionnement en exigeant des aliments locaux. Nos quatre innovatrices du Québec, Anne Gignac, Claire Potvin, Josée Lavoie et Annie Marquez, en collaboration avec Carole Saint-Pierre, conseillère de Nourrir la santé, racontent comment des établissements de soins de santé du Québec sont en train de définir le caractère durable dans l’approvisionnement alimentaire.

Redéfinir les paramètres d’évaluation dans les AO n’est qu’un des leviers tangibles qui s’offrent aux établissements pour mieux gérer le rapport qualité/prix. Pour nous, il s’agit de saisir les occasions de créer des conditions propices à ce que les chaînes d’approvisionnement créent de meilleurs produits pour les établissements de santé et pour la planète. Cela peut se traduire par des choix qui tiennent compte de l’importance de la viabilité pour la planète et les parties prenantes en santé. Acheter de producteurs diversifiés qui adoptent des pratiques durables, c’est reconnaître que l’agriculture industrielle à vaste échelle, axée sur la monoculture, menace la résilience à long terme des systèmes alimentaires. Il faut étendre l’horizon temporel dans lequel les établissements de santé considèrent l’approvisionnement alimentaire durable afin de protéger le système alimentaire de demain.

D’autres innovateurs de Nourrir la santé trouvent de nouveaux moyens d’élargir la constellation de valeurs en matière d’alimentation et de santé. Dans l’archipel Haida Gwaii, sur la côte nord-ouest de la Colombie-Britannique, on trouve partout des aliments locaux en abondance, mais la première source d’approvisionnement des hôpitaux est ce qui arrive par palettes du continent. L’innovatrice Shelly Crack et sa collègue Jenny Cross, détentrice du savoir traditionnel haida, explorent les possibilités de travailler avec des cueilleurs-récolteurs traditionnels pour servir plus d’aliments nourrissants et respectueux de la culture aux patients des deux hôpitaux de l’Île. En Ontario, Travis Durhams’est associé à un apiculteur local pour installer des ruches au centre de soins de longue durée où il est gestionnaire en alimentation et nutrition. Son travail combine une expérience positive pour les résidents et pour la préservation des pollinisateurs, un élément clé des systèmes alimentaires durables.

Dans ce numéro, les innovateurs de Nourrir la santé et ceux qui contribuent au programme partagent leurs expériences, leurs réussites et leurs échecs afin d’illustrer ce qu’il est possible de faire si on abandonne un système extractif où le prix le plus bas est le paramètre suprême. L’objectif n’est pas de rendre ces projets dépendants d’un innovateur ou d’un champion; nous voulons plutôt créer collectivement de nouveaux outils et de nouvelles pratiques qui seront adoptés sur le terrain. Nous entrevoyons un avenir où la mission et les valeurs d’une alimentation durable au service de la santé seront enchâssées dans la culture et les politiques organisationnelles des soins de santé partout au Canada.

C’est excitant de travailler dans le domaine de l’approvisionnement et des services alimentaires : en influant sur les pratiques internes, les établissements de santé peuvent avoir un impact positif sur les pratiques à l’extérieur de leurs murs. Le pouvoir d’achat du secteur des soins de santé exerce un impact réel et c’est avec enthousiasme que nous explorons les moyens d’ajouter de la valeur plutôt que d’en retirer, pour l’avenir de l’alimentation dans les soins de santé.