PLUS1 établit des partenariats avec des événements en direct pour appuyer davantage le changement social positif. Jumelant des artistes avec des organismes à impact élevé, PLUS1 ajoute 1 $ à chaque billet vendu pour ensuite remettre la totalité de l’argent récolté aux causes choisies par les artistes. L’entrevue réalisée avec la cofondatrice Marika Anthony-Shaw a été abrégée pour des raisons de longueur et de lisibilité.

Vous avez décrit l’ajout du 1 $ aux ventes de billet comme la partie facile de votre travail. Pour quelqu’un qui ne comprend pas ce que vous faites d’autre, quelle est la partie compliquée et pourquoi est-elle importante?

PLUS1 va là où des gens sont déjà rassemblés et profite de l’occasion pour ajouter une autre dimension à leur expérience, celle-ci étant orientée vers un changement social actif. Nous agrégeons des dollars publics et amenons des fans à participer activement sur le plan social. Il ne s’agit pas de simplement ajouter 1 $ à chaque billet vendu pour ensuite répandre l’argent récolté comme des confettis, dans toutes sortes de directions. Nous agissons de façon beaucoup plus intentionnelle.

Nous profitons de ces occasions pour réfléchir attentivement aux problèmes, les aborder sous un angle d’équité et diriger les fonds vers des agentes et des agents de changement novateurs qui font partie de la solution. Il nous faut aller au-delà des concepts traditionnels de bienfaisance et comprendre les liens qui existent entre les différents problèmes. Par exemple, la réforme de l’immigration, la réforme du système de justice pénale, la conservation et l’environnement sont liés de manière complexe. Reconnaître les liens qui existent entre les problèmes représente une grande partie de notre travail.

À l’avenir, la ligne entre les travaux politiques et les travaux culturels va devenir de plus en plus floue. Notre rôle est de sensibiliser les gens, pas sur le plan de la politique, mais sur le plan de l’impact social en posant la question suivante : Comment prenons-nous soin les uns des autres? « La compassion est contagieuse », voilà notre slogan. Notre société doit améliorer la norme quant à la façon dont nous prenons soin les uns des autres.

Pouvez-vous décrire à quoi ressemble le succès pour PLUS1, par exemple ce qui constitue un « coup de circuit » pour l’organisme? Et comment le reconnaissez-vous? Quels sont les indicateurs?

 Nous voulons une intégration en douceur dans les points de contact entre les groupes et les fans. En tournée, tous les groupes ont des systèmes de sonorisation et un autobus. Nous pensons que PLUS1 devrait aussi faire partie intégrante des tournées. Nous voulons entrer directement en contact avec les artistes, partager un repas avec eux pour parler des enjeux qui leur tiennent à cœur, de l’actualité et de ce qui les empêche de dormir la nuit, et comprendre les liens qui existent entre ces réalités et les chansons qu’ils écrivent.

PLUS1 pourra ensuite faire partie intégrante de tout ce que les groupes entreprendront. Ils pourront parler de ces enjeux à la télévision, à la radio ou sur scène. Cela créera une expérience authentique que les fans pourront partager, et les artistes pourront remercier les fans de leur soutien.

Et ainsi de suite, soir après soir, tournée après tournée.

Pouvez-vous nous raconter une histoire qui illustre l’impact de vos travaux et le genre de relations que vous aidez à créer entre des fans et les causes qui sont soutenues par PLUS1 par l’entremise de divers organismes?

PLUS1 ne veut pas seulement dire « plus un dollar ». L’idée est aussi d’inviter une autre personne, d’en faire son « plus un ». Le groupe canadien Arkells est un bon exemple. Il soutient l’organisme Rainbow Railroad, qui vient en aide aux demandeuses et demandeurs d’asile et personnes réfugiées de la communauté LGBTQI. Les membres du groupe s’impliquent personnellement et les fans ont adopté leur cause, et pas seulement le soir du spectacle. Des milliers de personnes comprennent désormais mieux cet enjeu grâce au travail d’Arkells. Ça, c’est un coup de circuit!

Aux États‑Unis, nous avons collaboré avec Tyler, le créateur du Camp Flog Gnaw Festival à Los Angeles. Celui-ci souffre d’asthme et lorsqu’il s’est d’abord associé à PLUS1, l’idée était de verser un dollar pour chaque billet de festival vendu à un organisme de bienfaisance national dont les travaux étaient liés à l’asthme. Cependant, les données de santé publique montrent qu’une personne de couleur est dix fois plus à risque de mourir de l’asthme qu’une personne blanche. Il est aussi prouvé que l’asthme est la première cause d’absence à l’école et l’absentéisme fait partie du pipeline « de l’école à la prison ». Nous avons donc découvert l’organisme appelé Breathmobile et nous avons décidé de lui offrir notre soutien. Celui-ci visite des quartiers de Los Angeles Bay et s’installe sur les terrains des écoles pour offrir sur place des services d’asthme gratuits aux enfants. Tyler a trouvé ce concept super intéressant.

Les histoires d’impact amènent les fans à voir les liens qui existent entre les causes qu’ils ont aidé à soutenir. J’ai vu une publication sur Instagram où un fan disait : « J’ai donné 10 $ cet été grâce à PLUS1 ». Cette personne était allée voir dix concerts PLUS1 et en était très fière.

Décrivez le parcours nécessaire pour passer d’événements qui agissent comme des collectes de fonds uniques (par exemple Live Aid) à la « normalisation » du modèle PLUS1?

Les relations que nous avions avec les groupes au début étaient exigeantes et développées sur mesure. Il était impossible d’étendre le modèle à plus grande échelle. Nous avons dû faire des changements et nous impliquer dans des tournées qui allaient réussir à vendre un certain nombre de billets par soir. Nous travaillons habituellement avec les mêmes promoteurs, ce qui permet de simplifier le processus au moment de la vente des billets, de l’octroi de subventionset de l’obtention des fonds recueillis. La gestion des relations demeure toutefois très personnelle.

Le modèle PLUS1 en est un de longue haleine, mais nous pensons que c’est comme ça que nous devons procéder pour avoir un plus grand impact.

Qu’avez-vous appris grâce à PLUS1 qui vous a le plus surpris d’un point de vue personnel, quelque chose qui a surpassé vos attentes initiales?

J’ai appris tellement de choses! [Rires.] Nous avons essayé de comprendre ce qui empêche le modèle de devenir la norme. La confiance et la crédibilité sont des obstacles. Au départ, nous avons voulu alléger le processus le plus possible, pensant que les artistes en viendraient même à l’oublier, mais nous constatons que plusieurs artistes veulent au contraire en faire plus et s’impliquer davantage.

Nous devrions distribuer cinq millions de dollars en 2019, sans demander d’argent à personne. Ça veut aussi dire que nous avons eu une interaction avec cinq millions de fans. Nous voulons maintenant savoir comment agréger et évaluer l’impact pour atteindre des résultats encore plus grands. Nous avons aussi dû apprendre à bâtir un organisme. Quel genre de personnel nous faut-il? Quels processus pouvons-nous automatiser et quelles parties doivent rester hautement personnalisées?

Tout ça, c’est très excitant. Nous apprenons comment offrir le meilleur de nous‑mêmes.