Vous nous avez fait prendre conscience qu’il est temps de nous remettre en question et d’agir avec courage.

En 1946, Albert Einstein, conscient que la menace d’annihilation nucléaire signifiait que l’humanité devait trouver d’autres moyens que la guerre pour résoudre ses conflits, a publié une annonce dans le New York Times dans laquelle il affirmait que, pour survivre et évoluer, l’être humain devait revoir sa façon de penser. Depuis, la formule simplifiée veut que la ligne de conduite qui donne naissance à un problème ne peut pas mener à sa résolution. Comme Greta Thunberg aujourd’hui, Einstein cherchait à alerter l’humanité sur des dangers impossibles à résoudre par les méthodes conventionnelles.

L’ampleur de l’urgence climatique et ses implications pour l’avenir de la civilisation deviennent chaque jour plus évidentes. Nos enfants nous le disent : la solution repose sur une décarbonisation massive. Mais quelle ligne de conduite nous permettra de la mettre en place?

Il suffit de se reporter à la Seconde Guerre mondiale pour voir comment une offensive tous azimuts peut neutraliser une telle menace au bien-être collectif. Comme l’expliquent clairement Seth Klein et Margaret Klein Salamon dans leurs prochains livres, la mobilisation de masse organisée à l’époque peut nous servir d’exemple. Par ailleurs, le processus actuel de réconciliation avec les peuples autochtones nous montre qu’il est possible de déconstruire les structures coloniales pour laisser place à de meilleures relations avec les autres et avec la planète.

La bonne nouvelle est que nous pouvons y arriver, et que presque tout ce dont nous avons besoin pour ce faire existe déjà, comme l’énergie propre et abordable, les véhicules et les techniques de construction sans émissions, une croissance exponentielle des sommes pouvant être investies dans les solutions durables et un fort appui du public en faveur de mesures audacieuses. À cela s’ajoutent la sagesse autochtone, les fortes compétences scientifiques, la rapide transformation des systèmes humains, l’économie comportementale et bien des facteurs encore. L’ensemble de ces outils et de ces méthodes nous fournissent les moyens de mettre en œuvre ce que l’économiste Mariana Mazzucato appelle l’innovation axée sur la mission, afin de transformer la société.

Toujours est-il que pour le moment, les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter au Canada, et que la décarbonisation qui s’impose est entravée par la détermination de certaines sociétés à extraire les ressources en carbone avant que leur valeur ne chute, par le consumérisme ambiant et son corolaire, les inégalités croissantes, ainsi que par une gouvernance fragmentée et marquée par la discorde. Nous devons faire cause commune, or bien souvent, nos modes de pensée sont incompatibles.

 

Il reste beaucoup à faire, mais la marche à suivre s’éclaircit.

 

Le secteur social du Canada entame un renouveau complet et historique. Nous disposons dorénavant de l’entière liberté de faire de la sensibilisation non partisane en matière de politiques, et un groupe de leaders d’expérience travaille avec l’Agence du revenu du Canada pour moderniser la gouvernance du secteur.

Des centaines d’organismes de bienfaisance et à but non lucratif (souhaitons qu’ils soient bientôt des milliers) participeront au Programme de préparation à l’investissement du gouvernement fédéral en vue d’investir du capital remboursable provenant du Fonds de finance sociale pour mettre sur pied ou faire croître des entreprises sociales qui concilient rendement financier et objectifs sociaux et environnementaux. Ces entreprises pourront notamment « vendre » des services, des programmes et des résultats aux gouvernements. Ainsi s’ouvrira tout un marché des solutions, et il sera possible d’obtenir des résultats comme la prévention des maladies chroniques et la réduction des émissions de gaz à effet de serre au moyen de partenariats ciblés entre les secteurs public, privé et philanthropique.

Le journalisme d’intérêt public sera bientôt désigné comme une activité de bienfaisance. Pour avoir une idée des perspectives ouvertes par un tel changement, jetez un coup d’œil au travail de l’Institut du journalisme d’enquête à l’Université de Concordia, une coalition de 11 universités et collèges qui a envoyé 120 étudiants en journalisme enquêter, en collaboration avec une dizaine d’organes de presse, sur la présence de plomb dans les réseaux d’approvisionnement en eau. Imaginez ce que ce regroupement pourra accomplir en faisant des reportages sur les solutions, comme il le prévoit.

L’orientation stratégique de la Fondation McConnell pour la prochaine décennie comporte les quatre volets suivants :

  1. transition inclusive vers une économie équitable et carboneutre;
  2. réconciliation autochtone;
  3. bien-être communautaire, y compris par l’accueil des nouveaux arrivants;
  4. renforcement de la capacité de la société à utiliser l’innovation sociale et la finance sociale pour produire des changements systémiques.

 

Si ces choix sont pertinents dans le contexte, nous sommes conscients que des changements à la vitesse et à l’échelle voulues ne pourront se produire que par une réorientation complète de nos activités ainsi que par des efforts de la part des autres organismes philanthropiques et de nos partenaires communautaires, publics et privés, en vue d’accélérer le virage. Pour qu’un tel changement de cap soit possible, il nous faut ce qu’Einstein réclamait : un changement d’attitude, une évolution des mentalités et une vision commune claire.

 

Alors, comment pouvons-nous tous contribuer au changement transformationnel?

 

La première recommandation du Groupe d’experts sur la finance durable est de « définir le cheminement à long terme du Canada vers une économie à faibles émissions et respectueuse du climat, secteur par secteur, et [d’]élaborer un plan d’immobilisations. » À cet effet, nous soutenons l’Accélérateur de transition, un nouvel organisme dont la mission est de former des coalitions capables de mettre à l’échelle des modèles éprouvés d’entreprise à faibles émissions de carbone. Le transport de fret longue distance par véhicule à hydrogène sans émissions, par exemple, est développé en Alberta, et des mesures d’électrification sont mises en œuvre dans le nord-est du Québec. La mobilité urbaine intégrée et une stratégie agroalimentaire sont également en développement.

En plus de déployer ces efforts à grande échelle et à long terme, il est impératif d’aider les collectivités à dresser des plans de transition qui intègrent les priorités environnementales, économiques, humaines et sociales. Comme plusieurs autres fondations et réseaux, nous nous efforçons actuellement de clarifier le rôle qu’un organisme catalyseur comme le nôtre peut jouer pour faciliter ce travail à l’échelle collective.

À l’aube d’une décennie qui s’annonce critique, nous croyons qu’en abandonnant les vieilles habitudes, il sera possible de construire un monde nouveau, et meilleur.

 

Sincèrement,

Stephen Huddart
Président-directeur général