L’avenir de l’alimentation : préserver la diversité pour assurer la résilience

Bob Wildfong_FR Jane Rabinowisz_FRArticle d’invité par by Jane Rabinowicz, directrice de l’Initiative de la famille Bauta sur la sécurité des semences au Canada et Bob Wildfong, directeur général de Semences du patrimoine Canada
L’avenir de l’alimentation sera dicté par des modèles climatiques et météorologiques différents de tout ce que les agriculteurs ont connu jusqu’ici – et dorénavant inévitables. Les changements climatiques vont varier selon la région géographique, mais toutes les régions connaîtront des températures non seulement plus chaudes, mais aussi plus variables et plus imprévisibles
Tout le monde a remarqué que les orages d’été semblent plus fréquents, plus violents et plus difficiles à prévoir. Les agriculteurs notent une variation plus importante des dates du premier et du dernier gel, qui dictent la durée de la saison de culture. Des sécheresses et des inondations inopinées font fluctuer le prix des aliments. Ce ne sont pas que des signes précurseurs, ce sont de vraies difficultés qui menacent un système agricole fondé sur le postulat industriel de la prévisibilité des conditions.
La plupart des déserts se situent dans deux bandes de chaque côté de l’équateur, où des courants atmosphériques tirent l’eau du sol. Le réchauffement de la planète entraîne un renforcement de ces courants, ce qui va étendre les déserts et détruire des terres agricoles. L’énorme perte de sol arable et de sources d’eau pourrait provoquer la migration en masse de populations des pays tropicaux, en regard de laquelle la crise actuelle des réfugiés – et les crises passées – fait figure de simple répétition générale pour les désastres à venir.
 
IMG_1704
En Amérique du Nord, nous verrons sans doute les déserts du sud des É.-U. empiéter sur les régions agricoles, ainsi que des conditions de sécheresse permanente dans les zones adjacentes comme la Californie. Les étés plus chauds réduiront d’autant que 10 % la production de blé dans le nord des É.-U. et du Canada. Malgré un réchauffement des températures moyennes, nous ne profiterons pas forcément de l’allongement des saisons de culture, en raison de fluctuations plus rapides des températures minimales et maximales.

bean - Littlefield's Special - 02
Il y a cent ans, la plupart des agriculteurs avaient des cultures diversifiées, ce qui assurait la résilience des systèmes alimentaires locaux en cas d’imprévu. Ils conservaient les semences et les transmettaient d’une génération à l’autre. Chaque saison de culture, les végétaux accumulaient du savoir sur leur environnement, leur climat et les pratiques des agriculteurs qui les cultivaient. Ce savoir s’intègre aux gènes des semences et permet aux végétaux de s’adapter à l’évolution des conditions au fil des ans. La diversité et l’adaptation au milieu sont des éléments cruciaux de la résilience face aux changements climatiques.
bean - Odawa - 03

Cet élégant processus d’évolution en symbiose n’existe plus dans le système alimentaire mondial axé sur les denrées de base.

 
Le XXe siècle a évolué vers une rupture de la transmission du savoir et des semences dans bon nombre de collectivités, alors que l’on accordait une importance démesurée à la spécialisation, au rendement et à l’uniformité, au nom de l’optimisation des mécanismes qui apportent la nourriture de la ferme jusqu’à notre assiette. Même si plusieurs Canadiens ont un accès sans précédent à des aliments bon marché, le système est établi sur une suite effrénée de dépendances qui ne tiennent pas compte du bien-être de la diversité, de l’environnement et de l’être humain.
Notre travail se fonde sur la vision d’une plus grande autodétermination des collectivités en ce qui a trait aux aliments qu’on y mange. L’avenir de l’alimentation passe par les agriculteurs qui préservent la diversité des cultures, développent une diversité nouvelle et assurent l’accès public aux ressources génétiques dont nous avons besoin pour garantir la résilience face aux changements climatiques. Notre travail consiste à écouter ces producteurs, à apprendre d’eux et à les soutenir, à bâtir la cohésion entre secteurs et entre géographies. Notre véhicule est l’Initiative de la famille Bauta sur la sécurité des semences au Canada – une collaboration entre agriculteurs, chercheurs, membres de la société civile, gouvernements et partenaires de l’industrie en vue de bâtir un système semencier résilient par l’entremise de divers moyens participatifs : recherche à la ferme, formation, mobilisation, développement de marchés et soutien des collections publiques de semences.
 



Où tourner les yeux pour trouver inspiration, idées et vision sur l’avenir de l’alimentation?  

Nous devons nous tourner vers les mouvements qui allient justice sociale et justice environnementale, et qui célèbrent et tirent des leçons des approches visionnaires testées en marge du travail de la société civile traditionnelle.

Quels sont vos aliments réconfortants?

Jane et Bob croient tous les deux que la salade César et la salade grecque – cultivées localement, énormes et mangées de préférence au restaurant du coin – sont les deux plats les plus réconfortants et les plus essentiels au monde.


 

À propos des auteurs:

Jane Rabinowicz est directrice de l’Initiative de la famille Bauta sur la sécurité des semences au Canada. Bob Wildfong est directeur général de Semences du patrimoine Canada.
En savoir plus :
www.usc-canada.org
www.seeds.ca
www.semencessecures.ca
 
 
Ce blogue fait partie de la série L’alimentation au futur. Nous voulions savoir à quoi ressembleront les aliments du futur? Où allons-nous, où voulons-nous aller et que pouvons-nous faire pour changer les choses? Au cours des six prochains mois, nous tendrons le micro à 12 penseurs en matière d’alimentation au Canada pour tenter de répondre à ces questions cruciales.

Cliquez ici pour accéder à d’autres publications de la série.