Dawn Lavand, 33 ans, fait de son mieux pour que les femmes autochtones accouchent dans la joie. Dans son travail de doula autochtone bénévole à temps partiel à Winnipeg, elle apporte des tambours à main à la maternité. Elle évente les femmes avec des plumes d’aigles, chante et leur tresse les cheveux – en gardant à l’œil leur situation médicale. Elle admet que ce n’est pas toujours aussi festif. Encore traumatisée par son expérience d’accouchement, Lavand raconte que des femmes autochtones de milieu rural sont évacuées en ville pour accoucher à l’hôpital, toutes seules. Elles peuvent se sentir jugées par les infirmières et sont terrifiées à l’idée que les services à l’enfance prennent leur bébé.

Dawn Lavand

« Le travail relatif aux naissances est en première ligne du rétablissement des collectivités autochtones et de la santé des rapports familiaux », déclare Lavand, une des douze premières doulas formées en 2017 dans le cadre de la Manitoba Indigenous Doula Initiative (MIDI) en vue d’offrir du soutien inclusif sur le plan culturel aux femmes enceintes et aux nouvelles mamans.

Confiée à l’État quand elle était bébé, Lavand voulait briser le cycle – comme le Winnipeg Boldness Project, un organisme sans but lucratif qui a appuyé le financement et le prototypage du projet MIDI. En vertu de son mandat d’améliorer la situation des familles du quartier nord, Winnipeg Boldness a décidé de s’attaquer à la crise actuelle du bien-être des enfants au Manitoba. Plus de 11 400 enfants y sont confiés aux services à l’enfance et à la famille (SEF), dont 85 % à 95 % d’Autochtones. Chaque année à Winnipeg, 400 nouveau-nés sont appréhendés – le terme plus politisé utilisé par les doulas pour qualifier la remise d’enfants autochtones aux SEF.

Les doulas ont une solution en vue. Elles renforcent les familles autochtones pour tenter de corriger leur surreprésentation dans les statistiques sur la mortalité infantile, les services aux familles, le décrochage scolaire et la justice pénale.

« Un dollar investi dès le début en fera épargner six au bout du compte », affirme Diane Roussin, directrice de projet au Winnipeg Boldness Centre.

« Il faut que les bébés s’épanouissent plutôt que de seulement survivre. La science du développement de la petite enfance connaît l’effet toxique du stress sur le cerveau. Si une femme enceinte est stressée par la pauvreté, la violence ou toute autre situation malsaine, cela affectera le bébé. Il faut appuyer la maman de façon aimante et positive afin que son corps sécrète ce qu’il y a de mieux pour son bébé sur le plan chimique. »

Pour Kathleen BlueSky, cofondatrice et présidente du projet MIDI, la collaboration avec Winnipeg Boldness a été une première importante, une modification radicalement nouvelle de la dynamique du pouvoir : « Dans mes 16 ans de défense des droits des Autochtones, personne ne nous a jamais offert ce qu’il fallait pour appliquer nos propres solutions – jusqu’à l’arrivée de Boldness. La conception s’est faite de manière organique et nous n’avons pas eu besoin de changer d’approche pour nous plier aux critères ou aux lignes directrices de quelqu’un d’autre. »

Winnipeg Boldness est l’exemple d’un projet d’innovation sociale qui promeut de nouvelles solutions à des problèmes chroniques en travaillant de concert avec les divers intervenants et l’utilisateur final. Il fait partie du nombre croissant d’institutions canadiennes qui utilisent la recherche, les données et la RD pour concevoir, tester et évaluer des interventions à l’échelle de la collectivité en vue de produire un changement systémique. D’autres exemples du genre : la Community Safety Knowledge Alliance (CSKA) et l’Observatoire canadien sur l’itinérance.

Winnipeg Boldness et les doulas du MIDI s’efforcent de renverser l’impact négatif de la colonisation, à partir du ventre de la mère – un bébé à la fois!

La doula Amber Ongenae porte sa jupe cérémoniale quand ses clientes accouchent. On croit que le vêtement coloré recueille les énergies de la terre. Vaporisant de l’eau de cèdre, un sifflet en os d’aigle à la main, elle explique comment la fontanelle molle sur la tête du bébé est un portail vers le monde spirituel. Elle parle de la joie qui entoure la cérémonie du nombril et celle des premiers pas du bébé.

« Ça fait du bien de rendre le savoir ancestral aux femmes », dit Ongenae. « Récupérer le pouvoir sur le processus de la naissance est une étape importante vers la reconquête de la famille. »

Joanne Latimer

Journaliste et écrivaine maintes fois primée, Joanne Latimer vit à Montréal. Son travail a paru dans le New York Times, le Globe and Mail, Maclean’s, EnRoute, l’Irish Times, le Toronto Star, le National Post et la Gazette de Montréal.

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