Il y a un peu plus d’un an, les 25 innovateurs et innovatrices du projet Nourrir la santé, qui travaillent tous dans des établissements de soins de santé canadiens, se sont réunis près d’un lac gelé dans les Laurentides pour entreprendre cette aventure collective ayant pour but de changer le rôle de l’alimentation dans les soins de santé. Il s’agit entre autres de diétiticien.nes, de gestionnaires de services alimentaires, de responsables d’approvisionnement ou de gestionnaires alimentaires communautaires qui prennent chaque jour des décisions liées à l’alimentation, que ce soit en milieu hospitalier, dans des centres de soins longue durée ou dans des centres de santé communautaires. L’année qui s’est écoulée depuis a été marquée par la croissance et le changement, et remplie de bonheurs, d’essais, d’expériences, de détours, d’obstacles et de progrès. Nous prenons donc un moment pour faire un retour en arrière, mais aussi regarder vers l’avenir.

Les innovateurs et innovatrices du projet Nourrir la santé ont joué un rôle très actif pour donner une place plus centrale à l’alimentation dans les soins de santé, et ce, de manières diverses et dynamiques : en faisant pousser des champs de maïs, en plantant des jardins et en installant des ruches, en modifiant des politiques d’approvisionnement et en collaborant étroitement avec des distributeur.trices et fournisseur.ses de services alimentaires, en établissant de nouvelles relations d’achat avec des agriculteur.trices et des pêcheur.ses locaux, et des entrepreneur.ses autochtones, en alignant mieux les services alimentaires aux besoins des patient.es et résident.es, en nouant des liens avec le gouvernement, et plus encore.

Une des activités les plus productives entreprises durant l’année est le lancement de cinq projets collaboratifs dirigés par des innovateurs ou innovatrices de Nourrir la santé pour aborder des obstacles clés et activer des leviers au sein du système alimentaire et du réseau de la santé. L’élaboration des projets a pris la forme d’un processus dynamique et itératif, et d’une expérimentation en collaboration virtuelle et à distance. Les innovateurs et innovatrices ont d’abord imaginé quatorze idées. Sept d’entre elles ont été développées et cinq ont été retenues. Tous les innovateurs et innovatrices, ainsi que les conseiller.ères et mentors du projet ont fourni de la rétroaction qui a permis de peaufiner les idées. Une entente conjointe a aussi été conclue quant à la répartition des 100 000 $ alloués aux cinq projets.

Plusieurs projets collaboratifs souhaitent renseigner et habiliter les preneurs de décisions dans les établissements de soins de santé relativement à des enjeux précis :

Des conversations difficiles et des gestes clairs

La première année du projet a principalement servi à concevoir et gérer le programme de leadership des innovateurs et innovatrices. Il est vital de renforcer la demande (le cercle vert le plus grand dans le diagramme de la stratégie de changement) en offrant du soutien à ces derniers. Ce soutien prend la forme d’ateliers, de webinaires, de mentorat, de groupes d’apprentissage entre pairs, de conversations et de réunions. Les conversations ne sont pas toujours faciles, notamment lorsqu’il est question du rôle des établissements pour faire avancer la réconciliation autochtone, des tensions apparentes entre les aliments réconfortants et les aliments sains, ou des contradictions entre les choix locaux et durables pour les menus. Elles nous aident toutefois à approfondir notre compréhension et donnent lieu à des mesures plus riches et percutantes.

Plusieurs projets collaboratifs ont comme objectif de développer l’approvisionnement en trouvant des outils et des stratégies qui permettront d’augmenter la quantité d’aliments locaux, durables, délicieux et traditionnels. Cela poursuit des travaux faits antérieurement par Food Secure Canada et La fondation McConnell, qui ont mené à la production du rapport Le pouvoir d’achat. Nous continuons aussi d’examiner comment collaborer efficacement avec d’importants distributeurs de gamme complète de produits, ainsi qu’avec des centres alimentaires, des agriculteurs et des pêcheurs locaux. Par exemple, durant l’année, l’équipe et des innovateurs et innovatrices de Nourrir la santé ont fait une présentation lors des Sysco’s 2017 Healthcare and Hospitality Education Days à Vancouver, Halifax et Montréal sur les nombreuses possibilités d’innovation, du service aux chambres à l’approvisionnement local, et plus encore.

Alors que nous entamons la deuxième année du projet, nous développons de plus en plus nos travaux pour influencer les politiques publiques, sachant à quel point celles-ci sont indispensables pour provoquer un changement systémique. Notre retraite en compagnie de plusieurs intervenants sur l’île Wasan en septembre 2017 nous a donné l’occasion de cartographier l’étendue complexe des enjeux liés à l’alimentation et aux soins de santé, et de réfléchir à des solutions potentielles pour améliorer la reconnaissance du rôle de l’alimentation sur la santé et la guérison. Un groupe a conçu le prototype d’un rassemblement sur l’alimentation dans les soins de santé à l’intention de représentants des gouvernements provinciaux du Canada, qui est maintenant prévu pour septembre 2018.

Un autre groupe a exploré des stratégies en profondeur pour renforcer l’approvisionnement alimentaire local grâce à la Loi sur les aliments locaux de l’Ontario, qui a éclairé les travaux faits dans le cadre du projet collaboratif portant sur une politique alimentaire au profit de la santé. Ces travaux ont bénéficié d’un bon coup de pouce ce mois-ci (mars 2018) lorsque le ministre de l’Agriculture de l’Ontario a annoncé la mise sur pied d’un processus visant l’établissement de cibles et d’objectifs pour amener les organismes du secteur public à utiliser plus d’aliments produits et cultivés localement. Nous sommes aussi emballés par les possibilités offertes par le nouveau Guide alimentaire canadien. Nous prévoyons collaborer avec plusieurs de nos partenaires, Santé Canada ainsi que l’Agence de la santé publique du Canada au cours des prochaines années dans le cadre de l’élaboration et de la promotion du Guide.

Dans le diagramme, les trois piliers que sont la demande, l’approvisionnement et les politiques sont entourés d’une bande orange, qui renvoie à un changement de trame narrative ou de récit. Nous sommes conscients que les changements espérés ne pourront pas durer s’ils ne sont pas intégrés dans la culture et les pratiques quotidiennes. Nous avons aussi besoin de recherche et d’évaluation pour éclairer et valider ce que nous faisons. L’an dernier, La fondation McConnell a offert son appui à SoinsSantéCan pour concevoir le rapport intitulé The Role of Food in Hospitals (en anglais seulement). Cette année, nous voulons approfondir notre recherche en accueillant un boursier du Programme de bourses d’apprentissage en matière d’impact sur le système de santé des IRSC. Nous avons tenté de faire le suivi des changements souhaités et imprévus à l’aide d’une approche d’évaluation de développement, tout en demeurant humbles et en gardant un œil non seulement sur nos réussites, mais aussi sur nos échecs et nos apprentissages.

Des partenariats forts et un leadership systémique

Nous savons qu’un changement systémique ne peut se produire que grâce à des partenariats forts et répandus. L’importance des relations personnelles comme fondements des partenariats est une des leçons que nous retenons de notre première année. Les avancées sont proportionnelles au niveau de confiance! Nous prévoyons donc approfondir nos partenariats actuels, en plus d’élaborer de nouvelles collaborations avec le Groupe de travail canadien sur la malnutrition et Les diététistes du Canada. Nous étudions également comment mieux solliciter la participation d’autres intervenants clés, y compris des patient.es, des médecins et des infirmier.ères.

La nécessité d’un leadership systémique nous semble évidente lorsque nous regardons tous les changements qui se produisent au sein du système alimentaire et du réseau de la santé, ainsi que là où le changement rencontre de la résistance. L’organisme Academy for Systems Change est un des partenaires de Nourrir la santé et a pour mission d’accroître le changement systémique axé sur la sensibilisation. Il a été à la fois une source d’inspiration et une source d’information pour le projet, entre autres grâce au cofondateur de l’organisme Hal Hamilton, qui agit comme conseiller, et à mon expérience en tant que boursière de l’organisme au cours des trois dernières années. Dans un article paru dans le Stanford Social Innovation Review et portant sur l’aube du leadership systémique (en anglais seulement), Hal, Peter Senge et John Kania ont déterminé que les leaders systémiques possédaient trois grandes compétences : encourager le leadership collectif, encourager la réflexion et des conversations productives, et passer d’une résolution de problèmes réactive à une création conjointe de l’avenir. Nous nous efforçons donc d’acquérir et de renforcer ces compétences, et d’aider les innovateurs et innovatrices ainsi que les partenaires de Nourrir la santé à faire de même.

Dans quelques semaines, la cohorte se rendra sur la côte Ouest pour participer à une deuxième retraite et profiter de l’occasion pour partager des apprentissages. Nous avons hâte d’approfondir encore plus nos relations actuelles et d’accueillir de nouveaux innovateurs et de nouvelles innovatrices parmi nous. Nous tenterons aussi de trouver le moyen de partager nos travaux avec des partenaires et d’autres intervenants qui n’assisteront pas à la retraite, mais qui, comme nous, sont convaincus du rôle fondamental de l’alimentation sur la santé et la guérison.