En route vers Paris: Un accord à Paris pour catalyser la transition vers la décarbonisation de nos économies

Blogue d’invité par Hugo Séguin, Fellow au Cérium et Conseiller principal, Copticom
Avertissement: les opinions exprimées dans le blog ci-dessous sont celles de l’auteur et pas nécessairement celles de la Fondation 
Nous négocions les questions climatiques depuis plus de deux décennies déjà. Le chemin est long et pénible, les désillusions sont rudes. Mais paradoxalement, nous nous entendons sur l’essentiel.
Il y a consensus sur l’urgence d’agir, sur l’objectif à atteindre – soit de maintenir la hausse des températures en deçà de 2 degrés Celsius –, sur l’exigence de soutenir les pays les plus vulnérables face aux impacts des changements climatiques et, sur la nécessité de décarboniser nos économies et d’abandonner progressivement les carburants fossiles, causes premières des émissions de gaz à effet de serre.
Reste maintenant à répartir le travail et les obligations. Ça là que le bât, encore, blesse.
Les signaux pointant vers un Accord à Paris sont favorables. Les deux plus grands émetteurs de gaz à effet de serre, la Chine et les États-Unis, travaillent ensemble et s’engagent enfin sur le chemin de la décarbonisation. Les dirigeants du G7, en juin dernier, se donnaient l’objectif de décarboniser l’économie mondiale d’ici la fin du siècle.
Mais l’Accord de Paris ne pourra qu’être imparfait. La planète ne sera pas sauvée à Paris, mais ce sera l’occasion d’envoyer un signal politique fort : la transition est engagée, partout, et elle est irréversible. Tous devront mettre la main à la pâte.
#cop21
 
Ces négociations ne représentent que l’un des fronts de la lutte aux changements climatiques. Dans le monde réel, de nombreux bouleversements s’opèrent. Le deuxième front de cette lutte est celui des transformations technologiques et des marchés, appuyés par d’importants flux financiers et des politiques publiques de plus en plus favorables, qui accélèrent la transition vers les énergies renouvelables. Déjà, un peu partout, les énergies renouvelables comme le solaire et l’éolien sont disponibles et concurrencent les carburants fossiles polluants.
De plus en plus d’Investisseurs de détournent des carburants fossiles. La décision de la Fondation Rockefeller de vendre la totalité de ses actifs dans le charbon et les sables bitumineux fut l’une des annonces les plus marquantes de la dernière année. Par cette décision, la famille Rockefeller – qui doit sa fortune à l’exploitation de pétrole – se joignait à quelques 180 autres fonds d’investissement qui se sont engagés à désinvestir des énergies fossiles et investir dans les énergies renouvelables.

Un troisième front est celui des politiques publiques et des choix collectifs, à tous les niveaux de gouvernance, de la collectivité rurales jusqu’aux mégapoles et aux États nationaux. À travers le monde, on n’attend pas un accord à Paris pour agir. Quelques 60 juridictions à travers le globe ont ainsi mis en place un prix sur le carbone. Bientôt, 54% des émissions mondiales seront soumises à une pénalité économique. Les revenus ainsi amassés seront en grande partie réinvestis dans l’économie verte, les énergies renouvelables et les transports électriques et collectifs, ce qui accélèrera la transition.
Un quatrième front est celui de la prise en charge de plus en plus forte de l’enjeu climatique par la société civile, en plein bouillonnement. Au Canada et aux États-Unis, elles se mobilisent avec efficacité et succès contre les grands projets d’oléoducs, entravant ainsi la croissance de la production de pétrole bitumineux. La société civile réclame de plus en plus de gestes concrets de la part des dirigeants, quitte à passer directement à l’action s’il le faut.
laudato-siEt finalement, un cinquième front vient de faire son entrée avec la publication de la dernière encyclique du Pape François, Laudato Si’. Avec elle et avec les appels à l’action de leaders religieux et spirituels de tous les horizons s’ouvre un tout nouveau front, celui de l’éthique et de la morale dont l’effet bénéfique sur la lutte aux changements climatiques pourrait bien surprendre.
Cela dit, malgré tout, la situation climatique se dégrade. Si un Accord à Paris sera nécessairement imparfait, la responsabilité de renverser la vapeur repose, encore davantage, sur nous tous, à tous les niveaux d’actions sur lesquels nous avons, individuellement et collectivement, une influence.
Comme un essaim d’abeilles qui attaque celui qui la menace avec les moyens du bord, chacune passant à l’action sans suivre des ordres venus d’en haut, tous sont appelés à contribuer à accélérer la transition vers une économie et des sociétés décarbonisées.

L’Accord de Paris sera le catalyseur de l’action partout dans le monde. Il nous pointera la direction, mais ce sera à nous de faire le travail.

 
Cet article fait partie de la série En Route Vers Paris. Sur la route menant à la Conférence de Paris, nous avons créé une série d’article sur les initiatives pancanadiennes qui valorisent une économie faible en carbone. Dans cette série de blogues, nous avons invité des experts avec qui nous collaborons au sein dans le secteur ‘Économie et Énergie’ à partager avec nous leurs réflexions. Notre objectif est de soutenir ces initiatives qui visent à transformer le discours sur la question du climat pour illustrer tout ce que l’on gagne avec le développement durable.
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