TAF-Toronto

Blogue d’invité par Julia Langer, chef de la direction, Toronto Atmospheric Fund

Avertissement: les opinions exprimées dans le blog ci-dessous sont celles de l’auteur et pas nécessairement celles de la Fondation 

On y vit, on y travaille, on s’y amuse. On met le chauffage et la climatisation, on branche une foule d’appareils, on prend l’ascenseur, on pompe l’eau dans les deux sens. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que les édifices produisent le quart des émissions de gaz à effet de serre (GES) au Canada – à peu près l’équivalent des émissions actuelles dans le secteur canadien du gaz et du pétrole. Si nous voulons éviter des changements climatiques périlleux, il est vital d’améliorer le rendement énergétique de nos édifices.

Les édifices commerciaux, les immeubles résidentiels et les bâtiments institutionnels occupent environ un milliard de mètres carrés et consomment près de 2000 PJ d’énergie – environ le cinquième de toute l’énergie secondaire consommée au Canada – à un coût annuel de plus de 35 milliards $. Les grands immeubles résidentiels représentent à eux seuls 10 % de la charge thermique et des émissions de GES dans les centres urbains. Plusieurs études démontrent que l’on peut réduire de 25 % à 40 % la consommation d’énergie dans les édifices existants, de façon rentable, avec la technologie actuelle. C’est pourquoi le Toronto Atmospheric Fund (la première agence climatique municipale au monde) se concentre sur l’accélération de l’efficacité énergétique dans les grands édifices.

Pourquoi gaspille-t-on tant d’énergie et tant d’argent juste pour contribuer à la pollution de l’air et aux changements climatiques? Pourquoi rénove-t-on si peu de grands édifices pour en accroître l’efficacité énergétique au Canada? C’est qu’il faut s’attaquer à des obstacles structurels tenaces pour intensifier l’investissement dans le domaine. Citons notamment le coût relativement bas de l’énergie (notamment le gaz naturel utilisé pour le chauffage, principale source d’émissions dans les édifices) et le manque de motivation des propriétaires – à quoi bon investir dans l’efficacité énergétique quand ce sont les locataires qui paient les coûts d’énergie? Malheureusement, il faut aussi ajouter que certaines expériences de rénovation mal gérées ont fait douter de la rentabilité des projets d’économie d’énergie.

Le Toronto Atmospheric Fund (TAF) a un programme à plusieurs volets pour surmonter ces obstacles et stimuler les travaux d’amélioration de l’efficacité énergétique.

Nous réalisons des améliorations écoénergétiques d’envergure, nous faisons le suivi et quantifions les économies, puis nous documentons les aspects techniques et commerciaux; cela nous permet d’en démontrer la viabilité et la valeur ajoutée pour les propriétaires d’édifices, pour les villes et pour les citoyens (dont l’emploi local et les avantages économiques) – ainsi que pour la planète.

Les améliorations écoénergétiques sont très rentables, mais les propriétaires d’immeubles n’ont pas suffisamment confiance pour emprunter ou investir eux-mêmes. Le TAF a donc élaboré plusieurs outils financiers innovants pour combler cette lacune : l’Energy Savings Performance Agreement (ESPA), un outil unique sans dette; un financement fondé sur l’évaluation de la propriété, qui lie l’emprunt à la propriété plutôt qu’au propriétaire, présentement testé à Toronto dans des projets pilotes tels que le Home Energy Loan Program; et le Green Condo Loan qui facilite l’application de normes supérieures à celles du code de la construction. La clé, c’est de créer des possibilités d’investissement attrayantes et de mobiliser des capitaux privés dans le secteur des faibles émissions de GES.

À l’approche du terme de l’ambitieux objectif torontois de réduire les GES de 30 % d’ici 2020 – il manque encore 8 % –, il faut changer les règles du jeu pour accroître l’attrait commercial de l’efficacité énergétique. Toronto et l’Ontario se joindront bientôt à des villes avant-gardistes des É.-U. et de l’Europe pour exiger des rapports et des objectifs annuels en matière d’énergie. Le TAF prône également des normes d’efficacité beaucoup plus élevées pour l’équipement consommateur d’énergie – chaudières, moteurs et éclairages, par exemple.

Alors que les dirigeants mondiaux s’apprêtent à adopter bientôt des cibles internationales en décembre à Paris, ils devront reconnaître le rôle des villes et les mobiliser s’ils veulent que des solutions soient appliquées assez vite pour rattraper l’urgence des changements climatiques. En décembre au sommet COP21, quand les projecteurs seront braqués sur les accords internationaux, l’occasion sera excellente de mettre en lumière le rôle des villes et de faire valoir le travail remarquable déjà réalisé par des maires et des municipalités partout dans le monde.

 

Cet article fait partie de la série En Route Vers Paris. Sur la route menant à la Conférence de Paris, nous avons créé une série d’article sur les initiatives pancanadiennes qui valorisent une économie faible en carbone. Dans cette série de blogues, nous avons invité des experts avec qui nous collaborons au sein dans le secteur ‘Économie et Énergie’ à partager avec nous leurs réflexions. Notre objectif est de soutenir ces initiatives qui visent à transformer le discours sur la question du climat pour illustrer tout ce que l’on gagne avec le développement durable.

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