Blogue d’invité par Dan Woynillowicz,  Directeur des politiques, Clean Energy Canada.  Note : Cet article a été publié à l’origine sur le site Options Politiques. Il est affiché ici avec la permission de l’auteur.  

 

Deuxième partie de notre analyse portant sur la façon dont Ottawa pourrait réorienter son approche d’une politique énergétique et climatique tout en étant prospère.

 

Dans la première partie de cette série, nous nous sommes penchés sur la façon dont le Canada pourrait tirer profit d’un changement de cap en matière d’énergie et de climat. Plus précisément, nous avons recommandé à Ottawa de se montrer proactif en participant de façon constructive aux pourparlers sur les changements climatiques et de soutenir le leadership à l’échelle provinciale en ce qui a trait à l’énergie propre et au prix du carbone. De plus, nous avons encouragé le gouvernement à faire meilleur usage des mesures incitatives et dissuasives à sa disposition pour développer l’énergie propre et réduire la pollution par le carbone.

Ce billet explore les trois autres mesures qu’Ottawa pourrait prendre afin de laver sa réputation et de permettre aux entreprises et aux citoyens canadiens de prospérer dans un monde ouvert aux systèmes et aux technologies d’énergie plus propre. De toute évidence, la révolution mondiale en matière d’énergie propre est bien entamée. La question qui se pose à notre nouveau gouvernement fédéral est la suivante : jusqu’où est-il prêt à s’engager?

 

3 : Utiliser l’énergie de façon plus efficiente et utiliser davantage l’électricité renouvelable

 

Le gouvernement fédéral précédent ne semblait pas trop réfléchir à la façon dont il pourrait décarboniser l’économie canadienne, et encore moins atteindre ses objectifs en matière de climat pour 2020 et 2030. Heureusement, un groupe de chercheurs canadiens l’a fait à sa place.

Dans le cadre d’une recherche mondiale qui sera présentée lors des négociations sur le climat à Paris en décembre prochain, le Low Carbon Pathways Group de Carbon Management Canada a produit le document intitulé Pathways to Deep Decarbonization in Canada. Comme indiqué dans le rapport, « passer à l’électricité décarbonisée constitue la méthode la plus importante pour réduire considérablement les émissions à l’échelle mondiale » [traduction libre]. En d’autres termes, la meilleure chose à faire pour lutter contre les changements climatiques à l’échelle mondiale est d’éliminer les combustibles fossiles pour faire place à de l’électricité propre et renouvelable.

La même solution s’applique au Canada. Qu’est-ce que cela signifie concrètement? Tout d’abord, nous devons utiliser l’énergie de façon beaucoup plus efficiente. Ensuite, nous devons dépendre davantage de l’énergie solaire, éolienne et hydroélectrique et beaucoup moins du charbon et du gaz naturel comme sources d’énergie (et se servir du captage et du stockage du carbone lorsque nous consommons des combustibles fossiles). Enfin, nous devons remplacer les combustibles fossiles par de l’électricité propre. Par exemple, faire le plein d’électricité plutôt que le plein d’essence. L’hiver, chauffer nos maisons à l’aide de thermopompes électriques plutôt qu’au gaz naturel.

Dans chacun de ces domaines, le gouvernement fédéral peut jouer un rôle essentiel pour guider le Canada sur la voie de la réduction des émissions de carbone en prenant en charge la réglementation, la collaboration avec les autres paliers du gouvernement et l’industrie, et en coordonnant leurs efforts.

Les libéraux ont reconnu ce rôle et cette occasion en promettant de subventionner les nouvelles technologies propres plutôt que les combustibles fossiles, de financer le développement de la production d’électricité renouvelable à grande et à plus petite échelle, de soutenir l’efficacité énergétique dans les programmes de fabrication de produits et de modernisation des bâtiments, et d’ajouter des véhicules électriques à son parc. Bien que leur portée reste à établir, nous surveillerons les mesures relatives à ces engagements pour déterminer si elles entraînent un changement.

4 : Passer de la parole aux actes en matière de recherche et développement, d’innovation et de données

 

Pour passer de la prospérité axée sur les ressources à une superpuissance moderne en matière d’énergie, le Canada devra relever de nombreux défis. Heureusement, le Mowat Centre de la School of Public Policy & Governance de l’Université de Toronto y a réfléchi. Dans le rapport du Mowat Centre intitulé Smarter and Stronger: Taking Charge of Canada’s Energy Technology Future, la prospérité future est déterminée par la capacité du Canada à « ne pas se contenter d’extraire ce qui se trouve dans le sol pour le vendre dans le monde entier » .

Mais comment y arriver?

 

Pour commencer, le Canada doit devenir un chef de file mondial en technologies d’énergie, en créant les outils qui assureront l’efficience de la production et de l’utilisation de l’énergie, qui réduiront les dégâts causés à l’environnement et qui permettront de développer des technologies révolutionnaires pour soutenir les nouvelles sources d’énergie à faible teneur en carbone.

Le Canada doit aussi adopter une approche plus globale aux programmes de recherche et développement en énergie. Ce changement ne peut pas survenir uniquement à l’échelle nationale; les provinces doivent aussi y participer afin d’optimiser l’efficience et de soutenir la commercialisation. En outre, le Canada doit élaborer une stratégie nationale de l’énergie (nous avons fait la moitié du chemin), avec comme pierre angulaire les technologies énergétiques. Même s’il est vrai que les premiers ministres du Canada ont présenté une stratégie de l’énergie plus tôt cette année, l’ancien gouvernement fédéral s’est complètement désengagé de son élaboration et de sa mise en œuvre. De plus, ladite stratégie contient bien peu de renseignements sur la façon dont elle favoriserait l’innovation en technologies propres.

Une R. et D. novatrice exige des données de qualité sur le « qui », le « comment » et le « où » en ce qui a trait à la production et à la consommation d’énergie au Canada. Avec tout ce que nous savons sur le rôle essentiel du secteur énergétique dans notre économie, il serait normal de supposer que le Canada est régi par un organisme indépendant et impartial comme l’Energy Information Administration (EIA) aux États?Unis.

Mais il n’en est rien. L’EIA « recueille, analyse et diffuse de l’information indépendante et impartiale sur l’énergie pour favoriser l’élaboration de saines politiques, des marchés efficaces et la compréhension par le public de ce qu’est l’énergie et de son interaction avec l’économie et l’environnement » [traduction libre].

À quoi ressemblerait l’équivalent canadien?

 

Des chercheurs de la School of Public Policy de l’Université de Calgary ont formulé une proposition complète et articulée concernant la mise sur pied d’un organisme canadien d’information sur l’énergie. Loin d’être un exercice théorique, cette proposition comprend une structure, un plan de dotation et d’organisation ainsi qu’un budget quinquennal qui serait partagé entre les administrations fédérale et provinciales.

L’initiative n’est peut-être pas digne d’un programme électoral, mais elle est attendue depuis longtemps.

 

5 : Faire de l’énergie propre une priorité commerciale

L’énergie propre n’est pas seulement une question d’électrons et de carburants renouvelables, il s’agit aussi de technologies et de services qui permettent sa production, sa distribution et son utilisation. Elle fait entrer en ligne de compte des éoliennes, des panneaux solaires, des biocombustibles, des logiciels d’efficacité énergétique, des bâtiments écologiques, des véhicules électriques et des réseaux intelligents.

En 2014, le marché mondial du secteur des technologies et des services d’énergie propre s’élevait à 790 milliards de dollars canadiens, une augmentation de 9 % par rapport à 2013. Pour les économies précurseures comme l’Allemagne, la Chine et les États?Unis, l’énergie propre est une importante génératrice de richesse, d’emploi et de recettes publiques. L’année dernière, la part du Canada s’élevait à 7 milliards de dollars canadiens, soit un peu moins de 1 % du marché mondial. Depuis 2005, le Canada est passé du 14e au 19e rang des exportateurs de technologies propres, qui comprennent les technologies d’énergie propre.

Today clean energy

L’économie de l’énergie propre vaut aujourd’hui 790 milliards de dollars. D’ici 2022, elle pourrait s’élever à 1,8 mille milliards de dollars.

 

Compte tenu de la taille et du potentiel du marché mondial de l’énergie propre, le gouvernement fédéral doit réduire les obstacles pour les entreprises canadiennes désirant exporter des innovations, des services et un savoir-faire en matière de faibles émissions de carbone. Le marché continue de croître, mais notre part diminue de plus en plus.

L’histoire récente illustre clairement la tendance à privilégier les ressources naturelles. Lorsque Narendra Modi, le premier ministre de l’Inde, est venu au Canada au mois d’avril, notre gouvernement fédéral aurait pu dresser le profil du secteur de l’énergie solaire du Canada et définir le rôle qu’il peut jouer afin d’aider l’Inde à atteindre ses objectifs. Les objectifs ambitieux de l’Inde en matière d’énergie solaire ont créé un immense potentiel pour les entreprises du secteur solaire en aval et en amont de la chaîne d’approvisionnement. De plus, les entreprises canadiennes voient le marché indien comme une formidable ouverture. Cependant, bien que le gouvernement fédéral ait mis l’accent sur le contrat de 350 millions de dollars de Cameco pour l’exportation d’uranium, il a ignoré le fait que plus d’1 milliard de dollars sur le montant de 1,6 milliard de dollars versé dans le cadre des ententes et des annonces entre les entreprises canadiennes et indiennes durant cette visite sont consacrés à des contrats dans le secteur solaire.

Que faire? Ottawa doit faire du secteur de l’énergie propre une priorité commerciale. En 2009, les États?Unis ont lancé la Renewable Energy and Energy Efficiency Export Initiative, un modèle d’exportation d’énergie renouvelable et d’efficacité énergétique que nous ferions bien d’adopter et d’adapter au nord de la frontière.

Quant aux libéraux, ils ont promis d’offrir davantage de formation sur les technologies propres aux responsables du commerce et de consacrer des missions commerciales à la promotion de la croissance du secteur. C’est un bon début, mais cela ne sera pas suffisant.

 

Prochaines étapes

 

Alors que le compte à rebours est amorcé avant les négociations sur le climat qui auront lieu à Paris à la fin novembre, il est évident que les citoyens du monde sont davantage réceptifs aux réalités des changements climatiques. Avec un nouveau gouvernement en place à Ottawa et un mandat clair de la part des électeurs, il est temps pour le Canada de rétablir sa réputation en matière de climat et de redéfinir ses ambitions en matière d’énergie propre.

La bonne nouvelle est que le changement est bien entamé. Au Canada, la Colombie­Britannique rédige la prochaine version de son plan climatique, le Québec vient d’annoncer les résultats de sa quatrième vente aux enchères conjointe de crédits de carbone avec la Californie, qui fut couronnée de succèsl’Ontario travaille à régler les détails d’un système de plafonnement et d’échange pour s’associer au plus grand marché de carbone de l’Amérique du Nord, et l’Alberta élabore une nouvelle stratégie de changement climatique.

Pour des économies comme la nôtre, reposant sur l’extraction des ressources et les combustibles fossiles, la transition vers une économie plus propre, diversifiée et résiliente représente sans aucun doute un défi. Mais elle constitue également une véritable occasion, et ceux qui réussiront à s’y adapter auront le dessus sur ceux qui y résistent.

Bien que de nombreuses provinces aient déjà pris une certaine avance dans la lutte contre les changements climatiques, le gouvernement fédéral a un rôle essentiel à jouer en prenant en charge la collaboration avec les leaders provinciaux, la coordination de leurs efforts et en leur apportant son soutien. Grâce à une nette majorité et à un mandat clair, le gouvernement libéral a une occasion historique de rétablir la crédibilité du Canada en tant que chef de file en matière de climat et d’accroître la part du pays sur le marché mondial de l’énergie propre et des technologies connexes.

Les cinq étapes décrites ci-dessus placeraient résolument le Canada sur la bonne voie.

 

Dan Woynillowicz est directeur des politiques pour Clean Energy Canada. Produit avec l’aide de Sarah Petrevan, conseillère principale en politiques chez Clean Energy Canada, à la recherche et à la rédaction.

 

Pour consulter la première partie de cette série, veuillez visiter le site Web suivant : A Clean Energy Agenda for Canada.