Article d’invité par Joanne Benham Rennick, PhD, Directrice, Schlegel Centre for Entrepreneurship & Social Innovation, Wilfrid Laurier University. Affiché à l’origine sur le de RECODE , ce billet est reproduit ici avec leur permission.

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La semaine dernière, j’ai joué une partie de ping-pong qui m’a fait rire aux larmes. Ce n’était pas une partie classique (pour ceux que ça intéresse). Nous étions trois de chaque côté de la table. La première personne faisait le service et courait à l’autre bout pour recevoir la balle du deuxième joueur, qui se ruait ensuite à ses côtés pour faire le troisième retour et ainsi de suite, jusqu’à ce que six corps en sueur se lancent d’un bout à l’autre de la pièce, armés de minuscules raquettes, le visage tordu de désespoir. L’ingéniosité et la faculté d’adaptation palliaient le piètre niveau d’expertise. Il fallait courir après la balle ratée et la faire rebondir sur le mur ou le plafond pour la remettre au jeu. Un coup dans le filet exigeait un rapide dégagement latéral pour éviter la collision imminente. Pas de place pour les spectateurs innocents! Il y a eu des grognements, des glissades, de folles envolées de raquettes, des efforts inouïs pour éviter les télescopages et des esquives fulgurantes. Une balle égarée a fait un gros bleu au mollet d’une joueuse. Mais le plus mémorable, ce sont les rires incroyables, tout droit sortis de l’enfance, qui ont jailli ce soir-là.

En y repensant par la suite, j’ai réalisé avec surprise que je n’avais pas ri autant depuis des lunes. J’ai la chance incroyable de faire un travail que j’adore avec des gens que je respecte et que j’apprécie. Je travaille à créer un changement positif, avec des étudiants et des collègues pleins d’énergie et d’enthousiasme. Nous abordons des questions vastes et complexes et nous prenons notre boulot au sérieux. Nous réfléchissons beaucoup à la pauvreté, aux lacunes du filet social, aux changements climatiques, à la disparition des espèces, à la discrimination et à toutes sortes d’autres problèmes qui se posent à la société. Nous travaillons sans relâche afin d’aider les étudiants et les membres de la collectivité à trouver des solutions novatrices qui soient à la fois transformatrices et réalisables. En repensant à ma partie de ping-pong, je me suis sentie un peu coupable d’avoir eu tant de plaisir à faire une activité apparemment improductive.

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Ma partie de ping-pong extrême se passait lors d’une retraite de trois jours à Wasan Island, organisée par la Fondation Breuninger et La fondation de la famille J.W. McConnell, qui réunissait personnel, membres du corps professoral et partenaires de la collectivité désireux de transformer les études supérieures grâce à des programmes d’innovation sociale et d’entrepreneuriat social. Le site naturel était magnifique, les conversations spontanées et imprévues, le programme relaxant. Le travail se faisait dans une pièce magnifique et en plein air, souvent assis par terre, en tenue sport. Le soir, nous avions du temps pour les loisirs, la camaraderie et les rires.

Le changement de rythme et de lieu m’a donné une rare occasion, légitimée, de ralentir et de réfléchir. J’étais ravie de me retrouver avec des penseurs aux vues similaires, qui s’efforçaient d’imaginer et de créer une éducation d’impact. Et pourtant, je me demandais comment j’allais pouvoir rattraper mon retard (j’essaie encore), si ma boîte de réception allait déborder (bordélique!) et comment j’allais sortir de l’épuisement caractéristique de tout travail d’intra et d’entrepreneuriat. D’autres dans le groupe disaient à quel point ils croulaient sous le travail et manquaient de ressources. La légèreté de ma folle partie de ping-pong contrastait singulièrement avec mon état d’esprit et ça m’a fait réfléchir.

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Pour moi, le travail d’innovation sociale est fondamentalement entrepreneurial. Avec mon équipe, j’imagine de nouvelles possibilités, puis nous essayons de les concrétiser. Il y a de faux départs et des échecs, mais quand nous trouvons un bon filon, nous misons dessus et nous nous efforçons de faire ce qu’ Otto Scharmer appelle « diriger en fonction de l’avenir en émergence ». On nous demande d’innover dans une institution médiévale marquée par la tradition, la bureaucratie et les hiérarchies élitistes. Les politiques gouvernementales et institutionnelles nous appuient nettement, mais elles sont en retard par rapport à nos besoins de programmation. Le recul pour réfléchir, le jeu et les rires que le psychiatre Stuart Brown juge si cruciaux pour l’innovation et la créativité, sont remis à plus tard, remplacés ou anéantis par nos efforts en vue de travailler toujours plus fort, toujours plus vite, pour produire plus d’impact, mobiliser plus de gens et transformer nos systèmes sociaux, économiques et biologiques par tous les moyens à notre disposition.

On a clairement démontré qu’il est utile de prévoir du temps et de l’espace pour le jeu et la réflexion afin de stimuler la créativité.

Adam Grant montre comment les penseurs originaux ont des approches uniques qui les aident à innover. Pour lui, la culture, la collectivité, le sport, la procrastination stratégique et oui, le jeu, sont des ressources précieuses pour évacuer la tension des fonctions cérébrales et permettre à la créativité d’émerger du subconscient. Pourquoi ces éléments ne sont-ils donc pas au cœur de notre milieu de travail? Pourquoi ne sommes-nous pas en train de défendre et d’éclaircir la valeur de faire les choses autrement pour mieux les faire?

On a clairement démontré qu’il est utile de prévoir du temps et de l’espace pour le jeu et la réflexion afin de stimuler la créativité. Il est légitime de vouloir créer un espace et une culture de l’innovation pour protéger et nourrir les capacités d’innovation de nos étudiants, nos collègues, nos partenaires de la collectivité, nos institutions – ainsi que les nôtres. À titre d’influenceurs de l’éducation à l’innovation sociale au Canada, il faut exprimer cette valeur et en réitérer l’importance. Nous risquons de perdre du capital social auprès de l’establishment, comme l’a noté un collègue, si nous avons des retraites sur une base régulière, si nous créons des zones d’innovation où le jeu est valorisé et encouragé, ou si nous pratiquons la procrastination stratégique. Mais cela peut aussi nous permettre de gagner du capital culturel pour l’innovation sociale. « Si vous continuez à faire ce que vous avez toujours fait, vous arriverez toujours aux mêmes résultats ». Quelles sont vos stratégies pour protéger les capacités de création et d’innovation dans un rôle qui prédispose à l’épuisement professionnel?


Allez voir:

À propos du jeu, voyez The importance of play, une liste de lecture de huit capsules vidéo sur le jeu en tant que moteur de créativité, de collaboration et de réflexion sans œillères.