Par Elvira Truglia 

Le sud-ouest de Montréal est en pleine mutation. Une partie de la population a des racines profondes dans l’arrondissement alors qu’une autre est attirée par les nouveaux logements et les occasions d’affaires.

Deux jeunes entrepreneurs veulent y créer un lieu unique qui rendra hommage à l’histoire de Montréal et permettra aux gens du quartier de socialiser et d’apprécier l’art. Les frères Frédéric et Étienne Morin-Bordeleau vont intégrer huit wagons du métro de Montréal, les MR-63, à une sculpture de trois étages qui abritera un espace communautaire, un café et une galerie d’art. À la suite d’un appel de soumissions au printemps, la Société des transports de Montréal (STM) a approuvé le Projet MR-63 et six autres qui visent à donner une deuxième vie aux wagons.

Les frères veulent rendre l’art accessible. MR-63 sera un lieu où les artistes émergents ou établis pourront exposer leur travail. C’est un des éléments qui a incité Benoit Dorais – maire de l’arrondissement – à endosser le projet avec enthousiasme.

Un nouvel espace public pour un arrondissement en transition

L’art aplanira les différences sociales dans cet arrondissement métissé. « Je crois qu’il faut offrir des lieux où tout le monde a l’occasion de se côtoyer », dit Dorais. Il voit MR-63 comme un moyen de « promouvoir les arts tout en respectant l’histoire du quartier, l’histoire du Sud-Ouest et l’histoire de Montréal ».

Il convient tout à fait d’installer l’édifice MR-63 dans le Quartier de l’innovation (QI), un district du sud-ouest de la ville où s’entremêlent culture, arts, économie et technologie.

Dorais estime que la forme sculpturale novatrice de l’édifice servira de carte de visite au projet, mais que les gens vont y rester et y revenir pour ce qu’il offre.

Les expositions feront connaître les artistes locaux, à qui on donnera l’occasion de parfaire leurs compétences en commercialisation et d’avoir leur propre entreprise.

Le café fera connaître des produits locaux et des fournisseurs soucieux d’écologie. L’espace communautaire offrira des activités publiques et on pourra le louer pour des événements privés.

« En deux mots, nous voulons que MR-63 serve à animer l’espace public », explique Dorais.

 

Un développement axé sur les biens communs

Le site final de MR-63 reste à déterminer; parmi les deux terrains considérés, on choisira celui qui semble le plus viable, notamment sur le plan de l’attrait pour les piétons et l’accès aux services. Une chose est sûre : le maire veut que MR-63 soit un espace public situé sur un terrain municipal.

Collaborateur de MR-63 dès le début du projet, Rayside Labossière est une firme d’architecture à vocation sociale. Cette idée d’occuper l’espace public est ce que le partenaire principal Ron Rayside qualifie de développement axé sur les biens communs. Utilisant les deux termes de façon interchangeable, il définit les biens communs et l’espace public « comme un réseau qui multiplie les moyens de se rencontrer et de socialiser dans la ville à l’extérieur de chez soi ».

Pour Rayside, le projet MR-63 « pourrait être un moyen de dynamiser un espace existant ou de donner une raison d’être à un nouvel espace public inconnu et à l’abandon ».

Les wagons de métro font eux-mêmes partie des biens communs – déracinés de leur milieu, ils perdent leur vocation de transport physique pour accueillir l’imagination artistique et renforcer l’esprit collectif.

 

Innovation dans la forme et dans la vocation

« La véritable innovation, c’est d’utiliser les wagons de métro dans le milieu bâti de l’espace public – c’est l’idée initiale des deux frères », explique Rayside. Pour leur part, les architectes ont eu l’idée de transformer les wagons en sculpture, avec des terrasses publiques tridimensionnelles et une utilité réelle, tout cela en fonction de l’emplacement retenu.

Par la forme sculpturale, les architectes veulent produire un effet spectaculaire avec un impact durable sur la ville; le fait qu’un espace public ayant valeur d’icône puisse être utilisé de manière viable est un élément tout aussi important. « Ce serait un peu un exemple à suivre », ajoute Rayside.

Finalement, « le véritable défi, c’est de rendre l’espace viable, voir si ça va fonctionner à long terme », ajoute Rayside.

Optimiste, Frédéric cherche avec une équipe le meilleur moyen de reconvertir les wagons. « C’est fascinant de voir la dynamique entre les ingénieurs qui mettent des wagons sur les rails et les architectes qui réparent les choses en respectant les codes de construction. D’un côté, on veut créer quelque chose qui va rouler pendant 50 ans, et de l’autre, quelque chose d’immobile qui va durer toujours – ou aussi longtemps que possible ».

Cela s’applique aussi aux principes environnementaux intégrés à la feuille de route architecturale. Le principe de réutilisation démontre clairement le souci d’écologie des deux frères. Frédéric et Étienne veulent un édifice aussi vert que possible, mais « on n’a jamais utilisé des wagons de métro comme édifice », dit Frédéric. Le design final dépendra de considérations relatives à la gestion de projet, au génie mécanique et à l’architecture.

Pour en revenir à la raison d’être, « tout ce qui est fait doit respecter l’environnement local et améliorer le mode de vie des gens et leurs interactions » insiste Rayside.

 

Prochaines étapes

Frédéric est un chef reconverti en entrepreneur social. Étienne est un producteur vidéo reconverti en promoteur des arts. Ils dirigent ensemble Art Bang Bang, un site web qui fait connaître le travail d’artistes locaux.

Pour assurer le succès de MR-63, les frères doivent maintenant faire preuve de créativité afin de recueillir 4 millions $, la somme estimée nécessaire pour transformer leur rêve en réalité.

Frédéric dit que l’argent « viendra d’un ensemble de sources : commanditaires, sociofinancement, dons; on regarde tout ça en échange d’une visibilité et d’une collaboration internationale ».

Les nombreuses premières du projet sont documentées par un étudiant montréalais des HEC qui travaille à la l’élaboration d’une étude de cas sur l’entrepreneuriat social.

« Au bout du compte, nous ne mesurons pas le succès du projet en fonction du profit, mais bien de l’impact que nous allons exercer – ce sera une autre façon de penser pour les étudiants », conclut Frédéric.

 

 

Elvira Trugliaest une journaliste montréalaise qui écrit sur la confluence entre culture, politique et enjeux sociaux. Elle a aussi travaillé dans le secteur communautaire, les médias et le monde culturel, ainsi que dans des organismes non gouvernementaux denvergure nationale et internationale. 

Le présent article peut être reproduit sans frais par les organismes sans but lucratif et les fondations, en mentionnant la source. L’auteur conserve ses droits d’auteur. Cliquez ici pour en savoir plus ou écrivez à la Fondation McConnell à : communications@mcconnellfoundation.ca.