Sarah_Blog Author_FRÀ mon arrivée comme stagiaire à Des villes pour tous l’hiver dernier, avec mon diplôme tout neuf en urbanisme, j’avais été trop plongée dans des enjeux concrets particuliers à un lieu pour avoir la réflexion plus globale permettant d’aborder le type de problèmes multidimensionnels que ce projet voulait reconceptualiser. Je crois que le bagage en urbanisme peut être un handicap quand il s’agit de saisir les causes profondes des problèmes auxquels se butent la plupart des villes canadiennes – des questions épineuses à l’historique complexe : logement abordable, transport en commun, systèmes d’écologie urbaine, etc. On a tendance à adopter une approche de résolution des problèmes en modifiant des politiques ou en intervenant de façon ponctuelle, deux méthodes à l’impact limité si elles ne réussissent pas à faire pression sur un levier du changement à l’échelle systémique.

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J’ai appris plusieurs leçons importantes sur le pouvoir et les difficultés inhérentes à la collaboration.

J’ai réalisé que la collaboration n’implique pas forcément la proximité physique. Il y a tellement de moyens de travailler à distance, surtout avec les plateformes en ligne et les technologies de conférence comme WebEx, Skype et Google Drive. Mais ça n’empêche pas les frustrations, quand le temps requis pour maintenir une plateforme comme Des villes pour tous devient un fardeau pour les organisations. Participer à des appels hebdomadaires, envoyer un article pour le bulletin interne ou mettre à jour le plan de travail global : de prime abord, tout ça n’a pas l’air d’exiger tellement de temps. En réalité, ça suppose qu’au moins un membre de l’équipe ajoute ces tâches à un horaire déjà chargé.

 

La première leçon que j’ai apprise sur la collaboration, c’est l’importance de la souplesse dans la coordination. S’il est crucial d’établir un appareil responsable de créer des structures qui appuient notre travail commun, il ne faut pas demander à tout le monde d’en faire autant, de la même façon.

 

Des villes pour tous a testé un nouveau mode de réalisation des projets, qui intègre l’apprentissage et l’évaluation, à la fois dans chacun des réseaux et dans l’ensemble du réseau Des villes pour tous. La fondation de la famille J.W. McConnell a choisi la coordination comme approche novatrice dans les rapports subventionnaire-subventionné : quatre commissaires thématiques et une commissaire nationale qui joue un rôle de coordination. La fondation a ensuite alloué des fonds pour un projet de démonstration à un organisme de chaque réseau (pour en savoir plus sur le réseau et les commissaires du projet Des villes pour tous, cliquer ici). Reconnaissant les tensions issues du besoin pour chaque organisme d’adopter une nouvelle façon de travailler tout en poursuivant son mandat particulier, Des villes pour tous a tenté de trouver des moyens viables de préserver l’équilibre entre notre travail commun et celui de chacun.

 

La deuxième leçon que j’ai apprise, c’est qu’il faut donner aux organismes le temps de définir la façon dont ils veulent contribuer à un réseau d’apprentissage, et qu’une plateforme collaborative comme Des villes pour tous doit être assez souple pour s’adapter à un ensemble d’intérêts et de capacités.

 

Il me reste à résoudre une question liée à la coordination : aurait-il mieux valu se concentrer sur le même type de travail – propager, diversifier ou enraciner – plutôt que de laisser chaque commissaire faire un peu de tout (ainsi que l’ont souligné les responsables de l’évaluation évolutive)? J’ai d’abord cru que les commissaires pourraient obtenir plus efficacement les changements d’envergure que nous recherchons pour les villes s’ils propageaient leurs activités en focalisant sur des projets collaboratifs réunissant plusieurs petites entités. Comme bien d’autres urbanistes engagés, j’étais manifestement inspirée par des campagnes comme La ville c’est nous (gérée par Evergreen CityWorks et le Centre d’écologie urbaine de Montréal) et Transforme ta ville (un microprojet qui stimule l’action citoyenne dans les quartiers en appuyant un réseau de projets d’un bout à l’autre de Montréal), en raison de leur capacité de connecter et d’appuyer des projets et des idées pour en multiplier l’impact. Mais ces campagnes rassembleuses ne sont pas une panacée. Il n’est pas réaliste de s’attendre à ce que les commissaires travaillent tous dans cette veine, compte tenu des différences entre domaines et du niveau d’avancement de chacun.

 

À partir de cela, j’ai tiré une troisième leçon. L’apprentissage et la collaboration peuvent aussi surgir de travaux apparemment divergents. Compte tenu des difficultés complexes qui se posent aux villes, il est extrêmement utile de connecter des secteurs thématiques, souvent de façon inédite. Pour les personnes et les organismes qui travaillent en vue du changement dans les villes, il est utile à la fois de miser sur des liens naturels ET de participer à la création d’un champ d’activité en resituant leur travail dans un processus et des discours plus vastes qui contribuent au changement sociétal.

 

Du réseau des directeurs en viabilité urbaine de One Earth à la collaboration avec des collectifs d’artistes dans des lieux précis, nous avons testé bien des façons de travailler, à la fois dans un domaine et entre domaines, et l’évolution se poursuit. Je crois que cette valse entre l’introspection et l’ouverture est un travail de création de domaine susceptible de transformer l’approche de la résolution de problèmes dans les villes.

Il y aurait tellement plus à dire sur la collaboration en tant que partie intégrante de l’expérience Des villes pour tous – de la façon d’intégrer plusieurs discours dans un rapport conjoint, au maintien des communications publiques, en passant par la négociation des structures de pouvoir dans un réseau décentralisé. Mais j’arrête ici, et je laisse à un autre collaborateur le soin de raconter tout ça!

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