Des villes en pleine transformation

Montreal
Article d’invité par Gorka Espiau, Directeur des places et des affaires internationales, The Young Foundation. Cet article a été publié initialement sur le site web d’Amplifier Montréal website. Il est publié ici avec leur permission.
Les zones urbaines donnent lieu à des initiatives innovantes et créatives, mais elles présentent également un concentré de problèmes sociaux : chômage, pauvreté, pollution, mobilité sociale, etc. Ces problèmes dits « pernicieux » – en raison de leur ancrage profond, de leur complexité et de leur interdépendance – sont trop souvent abordés dans une perspective fragmentée et à court terme.
Malheureusement, les interventions traditionnelles tentent généralement de régler le symptôme du problème et non sa cause structurelle. Or, pour résoudre ces problèmes, il faut adopter une série d’interventions ciblées et interreliées, qui favoriseront une transformation globale à grande échelle. Une résolution de problème réussie tient toujours compte du fait que les défis auxquels nous sommes confrontés sont trop complexes et interdépendants pour répondre à une approche technique d’« exécution de projet ».
De plus, les villes sont des foyers naturels d’entretien des inégalités. La classe des plus fortunés, la classe moyenne comprimée et la classe grandissante des personnes défavorisées se retrouvent en cohabitation étroite. Dans ce contexte, bon nombre de dirigeants souhaitent instaurer des mouvements de réforme pouvant donner lieu à des innovations sociales avant-gardistes qui s’attaquent aux causes structurelles et institutionnelles de l’inégalité
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Pour ce faire, il faut mettre sur pied des interventions interreliées visant à générer un véritable mouvement de transformation à l’échelle municipale et régionale. Ces projets deviennent des outils nécessaires au « mouvement de transformation », toujours dans une perspective vaste et englobante.
Bilbao
Ces mouvements urbains seront rendus possibles par la création d’un nouveau paradigme de transformation. Et ce paradigme doit être en mesure de lier l’identité d’un territoire à une « décision collective » de construire une ville socialement durable dont on est fiers et où il fait bon vivre.
Les villes et territoires qui sont parvenus à créer un paradigme de transformation positif sont plus résilients et socialement durables, voire plus compétitifs. Barcelone, Séoul, Malmö, Medellín et Bilbao sont quelques exemples de villes ayant subi une transformation positive. À l’ère des grands défis mondiaux, les villes ayant permis l’émergence d’un paradigme négatif sont confrontées à des problèmes encore plus graves.
L’application d’une approche favorisant le mouvement aux transformations axées sur le lieu contribue à reformuler le message de l’innovation sociale. Pour y arriver, il faut cependant prôner une approche discrète et demeurer à l’écoute des citadins. Toutes les voix comptent. Ainsi, les relations de pouvoir se complexifient et se démocratisent, alors que l’ambiguïté et l’échec sont vus comme un élément naturel du processus.
Au sein de la même ville, les cultures, les identités et les paradigmes rivalisent entre eux, mais ils se définissent par une culture plus vaste à laquelle les résidents s’identifient et dans laquelle ils se sentent valorisés. Chaque ville se distingue des autres par sa philosophie particulière et son histoire commune, qui influencent en outre son mode de fonctionnement et la manière dont les gens entrent en contact.
Vivre en ville, c’est être profondément connecté aux autres habitants qui partagent le même sentiment d’appartenance. Par conséquent, le «  lieu » – concept pertinent pour décrire ce qui lie les gens à une grande entité comme une ville – nous permet de comprendre le lien entre les gens et les entités plus petites comme les états, les quartiers et les communautés, ainsi que les entités non géographiques comme les réseaux sociaux et les communautés d’intérêts.

Ce dialogue continu entre les identités personnelle et collective fait en sorte les frontières d’un lieu donné demeurent fluides, car l’identification des gens au lieu est en évolution constante.

 
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Les espaces urbains sont assez petits pour que l’identité collective soit signifiante, mais assez grands pour réaliser une action collective axée sur des moyens réels de connexion et de collaboration entre les gens. Il devient donc possible d’exercer une influence transformatrice sur les structures et les manifestations locales de l’inégalité au sein de ces lieux.
Il convient donc de fusionner les nuances des contextes culturels locaux avec les pratiques d’innovation sociale éprouvées. Et si cette première étape fondamentale est effectuée correctement, les défis locaux seront alignés avec les aspirations locales et les actions tangibles.
L’amplification des solutions nouvelles et existantes qui s’inscrivent dans un paradigme de transformation commun génère des résultats plus positifs et efficaces que les approches traditionnelles. En intégrant les innovations locales et en les amplifiant dans le cadre d’un mouvement social, nous serons aussi mieux outillés pour trouver des solutions systémiques aux problématiques structurelles qui sont à l’origine des inégalités sociales.