Connecter l’ensemble des soins aux patients par l’alimentation

Corédigé par Jason Bilsky, PDG du Yukon Hospital, et l’équipe de Nourrir la santé

Quand une personne tombe malade et va à l’hôpital, elle ne voit pas chacun des éléments du système de santé – elle chemine plutôt de façon continue dans le système. Quel que soit l’hôpital ou les traitements et services, le patient vit généralement une expérience globale vers le rétablissement. Mais il remarque les lacunes. Dès qu’il passe le seuil de l’hôpital, la façon dont on l’oriente et l’information qu’on lui donne sur une base continue, la propreté des lieux et surtout la nourriture qu’on lui sert sont tous des facteurs qui contribuent à lui offrir une expérience holistique.

La nourriture servie dans l’établissement de santé est un poste budgétaire, mais elle peut aussi être un moyen de connecter l’ensemble des éléments du continuum des soins. Des repas qui réconfortent et qui guérissent sont un point de contact fondamental dans l’expérience des soins de santé, procurant au patient un sentiment de sécurité et de confort dans un milieu étranger où il se sent loin de chez lui. Plusieurs priorités entrent en concurrence dans le complexe système de santé, mais l’alimentation est un élément central du bien-être. Elle abat les murs entre l’hôpital, la maison et le reste de la collectivité.

L’expérience du patient fait partie des piliers stratégiques de l’hôpital et c’est le patient qui en définit la qualité. Cela signifie qu’il faut écouter l’entièreté du patient – les soins ne se limitent pas aux besoins cliniques et au traitement médical. Une approche holistique des soins axés sur le patient suppose que l’on considère la personne à l’extérieur de l’hôpital et que l’on comprenne son contexte social, sa situation familiale ainsi que ses traditions ou ses pratiques en matière d’alimentation.

Axer les soins sur le patient, c’est remettre le pouvoir et l’autonomie entre les mains du patient en lui permettant d’obtenir ce dont il a besoin pour se sentir en sécurité et bien entouré.

Le Yukon Hospital choisit de servir des aliments traditionnels frais et nourrissants pour répondre aux besoins des Autochtones qui fréquentent l’hôpital. La maladie est un état de profonde vulnérabilité. Axer les soins sur le patient, c’est remettre le pouvoir et l’autonomie entre les mains du patient en lui permettant d’obtenir ce dont il a besoin pour se sentir en sécurité et bien entouré. Un milieu médical vraiment sécuritaire doit englober la sécurité culturelle. Offrir un choix d’aliments appropriés sur le plan culturel quand le patient en a besoin permet à l’hôpital d’embrasser le pouvoir de guérison des aliments en tant que partie intégrante du processus de rétablissement.

Offrir des aliments pertinents sur le plan culturel, c’est agir de manière respectueuse, éthique et adaptée à la culture. Cela dénote des valeurs qui font écho aux appels à l’action de la Commission de vérité et de réconciliation, auxquels doit tenter de répondre tout établissement de santé. Les politiques et pratiques doivent refléter ces valeurs plutôt que de perpétuer les injustices historiques.

Il n’est pas toujours simple d’innover en matière d’alimentation dans les soins de santé. Pour offrir le programme d’alimentation traditionnelle, le Yukon Hospital a dû apprendre à s’approvisionner en viandes sauvages en se conformant à la réglementation sur les aliments. Il faut pour cela s’engager à voir les patients comme des personnes et transformer les contraintes en occasions à saisir.

Considérer l’alimentation comme une priorité est un marathon plutôt qu’un sprint.

Considérer l’alimentation comme une priorité est un marathon plutôt qu’un sprint. Les aliments et la façon de les acheter, de les préparer et de les servir au patient peuvent faire prendre le virage vers un modèle de soins plus holistique. Il faut toutefois de la passion et beaucoup de travail de plaidoyer pour inclure et défendre ces pratiques uniques – pour briser le moule, s’aligner sur ce qui est important à nos yeux et renforcer les capacités en conséquence. S’il faut parfois sprinter dans les soins aigus, il ne faut pas oublier les gestes importants qui révèlent leurs avantages à long terme.

Visitez le site web de Nourish pour en savoir plus sur comment l’équipe d’innovateurs de Nourrir la santé utilise l’alimentation pour connecter les divers éléments de l’expérience du patient afin d’améliorer sa situation, en aval et en amont. Laura Tkach, Carlota Basualdo et Danielle Barriault expliquent comment Alberta Health Services trouve des moyens stratégiques de faire participer directement le patient à l’élaboration conjointe de diètes et de menus nutritifs et savoureux. En Ontario, Louise Quenneville parle du pouvoir thérapeutique des jardins d’hôpital sur le patient, en favorisant son bien-être affectif, physique et psychologique. Josée Lavoie innove au Québec avec un nouveau modèle de service à la chambre qui permet au patient de mieux choisir le moment où il mange. Enfin, Stephanie Cook de la Saskatchewan veut s’attaquer à la mauvaise réputation de la nourriture d’hôpital – elle veut en parler autrement et insiste sur les avantages de servir au patient des aliments meilleurs, plus respectueux et plus réconfortants.

L’objectif ultime des établissements de santé est de garder le patient loin de l’hôpital, en santé chez lui. En décidant d’offrir des modèles d’alimentation plus sains et des choix alimentaires plus pertinents sur le plan culturel, nous pouvons aider les patients à se rétablir plus vite et limiter les réadmissions à l’hôpital – en plus de créer plus de santé et plus de prospérité dans la population en général.