Confiance et traçabilité

Beth-author-FRL’autre jour, mon mari a griffonné à l’intention d’une dizaine d’amis et de voisins un courriel intitulé Viande, œufs et panais. Notre amie Kathleen s’en venait en ville et avait offert d’apporter des produits de sa ferme. Il a inclus les réponses de Kathleen à ses questions sur le mode de production des aliments :

« Nous ne faisons rien au bétail; les animaux viennent au monde et passent toute leur vie dans le troupeau – jusqu’au jour fatal. Ils mangent ce qu’ils broutent dans le champ et le foin que nous leur donnons, rien d’autre – pas de céréales pour l’engraissement. Les poules sont libres de courir partout et ne mangent que du grain certifié biologique. Elles jouissent de la vie sans autre intervention de notre part – sauf, bien sûr, quand je les flatte ou que mon fils leur fait des câlins! Les légumes proviennent de semences biologiques si nous pouvons en trouver, avec pour seul engrais le fumier de nos bêtes. Pas d’herbicides ni de pesticides, juste beaucoup de paillis et de désherbage. »


La semaine suivante, au jour et à l’heure convenus, des gens sont arrivés à pied, à vélo et en voiture devant notre maison – asssemblés autour du camion de Kathleen pour récupérer leur commande.
photoQuelques semaines plus tard, nous sommes allés à la source de ces produits, une ferme bucolique des environs d’Ottawa que Kathleen dirige avec son mari. En compagnie de leurs enfants, notre fils de sept ans a ramassé des œufs et joué à la cachette dans les balles de foin. Nous avons rendu visite au troupeau de Scottish Highland, nous avons pris un café, nous avons aidé à planter des oignons et nous avons été consternés comme nos amis quand les poules ont envahi le carré de brocolis. Et pendant des mois, nous allons nous régaler de délicieux hamburgers en nous rappelant la saveur incroyablement sucrée des panais et l’odeur du vent dans les champs.
Soyons réalistes : ce genre d’échange sporadique, si charmant soit-il, ne remplacera pas pour nous la distribution plus classique des aliments. Nous irons encore au supermarché pour acheter ce que nous ne pouvons pas trouver dans notre panier d’agriculture soutenue par la collectivité et lors de nos visites occasionnelles au marché des cultivateurs. Mais il vaut la peine de songer à l’importance de ces liens directs et à la façon de les multiplier.
Un moyen de tisser des liens plus directs entre producteurs et consommateurs, au-delà des distances, est de profiter des programmes de traçabilité tels que ThisFish, un programme d’Ecotrust Canada (et de partenaires de l’industrie des pêches), titulaire d’une subvention de la Fondation. ThisFish retrace le parcours du poisson depuis ses origines afin que les gens qui le mangent sachent qui l’a pêché, où et de quelle façon. Les pêcheurs identifient leurs prises avec un code unique et téléversent l’information; le consommateur n’a qu’à saisir ou numériser le code sur le site de ThisFish. Cela lui permet non seulement de voir sur une carte la provenance du poisson, de découvrir sa cote de durabilité et de se procurer des recettes pour l’apprêter, mais aussi d’envoyer un courriel directement au pêcheur. ThisFish a fait une carte de mots à partir des courriels envoyés par les gens à leur pêcheur :

Source: ThisFish

Source: ThisFish


Cela permet aux pêcheurs de recevoir questions et commentaires sur leurs poissons, et de se faire une idée plus précise des gens qui le mangent. Mais cela leur permet aussi, comme à tous les autres maillons de la chaîne d’approvisionnement, de mieux saisir comment les choses fonctionnent : durée du transport du poisson, évolution du prix d’une étape à l’autre, profit de l’acheteur et fraîcheur du produit. Les produits de ThisFish sont offerts principalement dans certains restaurants et chez certains détaillants; depuis peu, on peut aussi se les procurer en ligne — consulter http://thisfish.info/shop.
Mais c’est le consommateur qui doit faire la démarche de trouver les meilleurs choix; ThisFish n’est pas une certification ni une évaluation de la durabilité, ce n’est qu’un système de traçabilité. Cela soulève la question de la confiance et de la raison d’être des systèmes de traçabilité, des évaluations (dans le cas du poisson, SeaChoice ou OceanWise, par exemple) et de la certification par un organisme indépendant (Marine Stewardship Council, certification biologique, Aquaculture Stewardship Council, etc.). Tant les producteurs que les consommateurs font souvent remarquer qu’ils n’ont pas besoin d’un sceau d’approbation quand ils se connaissent. Mais plus la chaîne d’approvisionnement s’allonge, plus la certification devient pertinente.
La certification par un organisme indépendant garantit au consommateur que l’on a vérifié les prétentions relatives à la durabilité. Mais cela établit également un ensemble de normes – un livre de règlements sur les pratiques acceptables, étayées par une série de principes. Dans le meilleur des cas, un tel système donne aux producteurs des moyens d’apprendre les uns des autres et de se mettre au défi (par des visites à la ferme, par exemple), ainsi que d’accéder à de nouveaux marchés et d’obtenir de meilleurs prix.
S’il y avait un continuum de la confiance en matière d’alimentation, il pourrait ressembler à ceci :
Screen Shot 2015-01-16 at 9.32.20 AMBien sûr, tout ça est un portrait général qu’il faut nuancer – ainsi, certains systèmes de certification ou de traçabilité sont plus fiables que d’autres. Le dévoilement obligatoire ou volontaire de l’information sur les façons de faire des entreprises s’accentue à l’échelle mondiale, ainsi que le note l’édition 2013 du Global Reporting Initiative, Carrots and Sticks. Les technologies de la communication facilitent l’échange d’information sur les produits – ce qui est difficile de nos jours, c’est souvent de trier toute cette information et de l’interpréter.
Quoi qu’il en soit, on améliore ainsi la transparence, la traçabilité et le niveau de confiance — sur le plan de la réglementation, des rapports, de l’étiquetage ou de la connaissance directe de son pêcheur ou son fermier — ce qui élève la barre quant au mode de production des aliments et nous rapproche d’un système alimentaire plus durable.