Ce Que J’ai Appris Des Boursières D’ABSI Connect

Billet de blogue de Kelsey Spitz, associée principale, SiG. Paru à l’origine dans ABSI Connect le 22 avril 2016, cet article est reproduit ici avec la permission de l’auteure.
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Il est temps de faire un bref retour en arrière. J’ai eu pendant huit mois le privilège d’être administratrice et conseillère des boursières d’ABSI Connect.
Ma fonction habituelle est d’être associée principale au bureau national de Génération de l’innovation sociale (SiG), à Toronto. Plusieurs s’étonnent que mes collègues et moi-même soyons les principaux responsables de l’administration des boursières. C’est simple : avec sa portée nationale, SiG a été une plateforme d’appui active et enthousiaste dès les débuts d’ABSI Connect. C’était un projet expérimental lancé en période de bouleversements, axé sur un concept qui ne fait pas l’unanimité. Son intérêt pour l’émergence, l’écoute profonde et la création de liens correspondait tout à fait au type d’approche susceptible de stimuler le changement transformateur, selon notre expérience. Nous avons donc été ravis d’apporter notre aide au projet.
Même si l’administration se faisait à Toronto, ABSI Connect était de l’Alberta, sur l’Alberta, pour l’Alberta et mené par des Albertains. Les boursières ont dirigé le projet avec patience, détermination, humilité, réflexion profonde, passion et esprit critique, saisissant leurs fonctions à bras le corps : pensée systémique, création de ponts et de ressources, travail d’intermédiaires et renforcement des capacités.
Leur travail collaboratif a forgé le récit de l’innovation sociale en Alberta, tel qu’il leur a été conté, avec ses schémas culturels propres à stimuler ou freiner la collectivité, et le désir commun d’aller de l’avant, ensemble, de façon purement albertaine. On voit toute la richesse de leurs découvertes dans le document The Future of Social Innovation 2016, dont vous pouvez aussi lire un résumé ici.

Voici ce que j’ai appris des boursières d’ABSI Connect…

L’Alberta est radicale


L’Alberta possède une riche tradition d’innovation sociale. C’est la province des Cinq femmes célèbres qui ont obtenu la reconnaissance juridique des femmes en tant que personnes au Canada, modifiant radicalement les rapports sociaux et la jurisprudence. C’est aussi la seule province où la loi reconnaît un territoire métis, dans le but de «?garantir aux Métis un territoire pour les générations futures, l’autonomie locale et l’autosuffisance économique?» (traduction libre d’un extrait d’Alberta Indigenous Relations). Et c’est la première province qui a mis sur pied une plateforme officielle permettant à des leaders du secteur sans but lucratif d’aborder des questions sectorielles de haut niveau avec des représentants du gouvernement – l’Alberta Nonprofit and Voluntary Sector Initiative.
Il y a toujours eu en Alberta des mouvements clés pour la justice et l’égalité, de Cultivateurs unis de l’Alberta à l’Institut Pembina.
Qu’est-ce qui unit tous ces jalons importants? Chacun transforme un lien crucial, introduit un nouvel état de choses qui favorise à divers égards l’inclusion, l’ouverture et l’essor de la collaboration.
Selon Thomas King, auteur et ex-professeur en Études autochtones à l’Université de Lethbridge, «?en vérité, nos récits nous décrivent tout entiers?» (The Truth About Stories, 2003). Les récits que nous racontons sur nous-mêmes sont importants; ils façonnent notre façon de percevoir, de nous présenter et d’agir dans la vie de tous les jours. Les boursières ont amplifié le rôle des récits de l’Alberta en tant que moteurs du bien-être et de l’égalité de la collectivité, et mis en lumière l’inspirant héritage d’une tradition à l’avant-garde radicale de l’innovation.

Il est temps de faire ensemble une grande corvée.

Malgré cette riche tradition d’innovation sociale en Alberta, les boursières ont constaté un modèle contemporain tout à fait à l’opposé. De nos jours, l’écosystème de l’impact social célèbre et récompense l’individualisme plutôt que l’action collective. On est passé des collectivités héroïques aux collectivités de héros. Les cadres de résultats à court terme et la focalisation sur l’action individuelle minent l’intérêt malgré tout profond pour l’action collaborative, isolant les projets à succès inspirés de cette approche.

Écouter pour parler.

Quand les boursières ont entrepris leur voyage l’été dernier, l’innovation sociale était un concept controversé en Alberta, notamment à Calgary et Edmonton, où se concentraient leurs efforts. D’aucuns estimaient que c’était un nouveau processus d’importance cruciale pour promouvoir le changement social attendu depuis longtemps, d’autres que c’était une mode sans valeur. D’autres encore disaient que l’approche avait des relents de néolibéralisme, mais il s’en trouvait aussi pour estimer que c’était un terme utile ou détestable pour décrire le travail de précurseurs auquel ils se vouaient depuis des années.
Les boursières ont d’abord pratiqué l’écoute profonde, invitant chaque interlocuteur à établir lui-même la valeur de l’innovation sociale, sa définition et sa possibilité – faisant ainsi d’une pierre deux coups. Elles ont vu que les gens étaient prêts à emprunter ensemble une direction commune (pour s’attaquer aux causes profondes) et, grâce à l’écoute et l’offre de ressources, elles ont facilité l’intervention d’un éventail d’acteurs, tant dans leur travail actuel que dans leur travail vers cette direction commune.
Les boursières ont appris que s’il est essentiel d’avoir un récit commun, il doit toutefois être accessible, inclusif, inspirant et démocratique. Voici ce que j’en ai retenu : notre base commune est notre profond engagement à aligner sur notre intention première nos efforts en vue du changement social. Si le but est de résoudre un problème, nous focalisons sur sa résolution. Si le but est changer l’état des choses, alors nous en imaginons un nouveau. Il existe un mouvement croissant de processus, de modèles, d’approches et d’apprentissages communs qui nous aidera à aligner l’intention et l’action – pour y arriver, il faudra selon le cas inventer, innover, adapter, adopter ou collaborer.

L’innovation sociale est le matériau de la culture.

Sans savoir à l’avance – ou si peu – ce qu’elles allaient offrir à la collectivité au terme de leur mandat, les boursières ont constaté que les schémas et les possibilités découlant de ce qu’elles découvraient étaient tous liés aux éléments culturels qui déterminent la façon dont nous forgeons des solutions à nos problèmes les plus pressants et les motifs qui nous poussent à le faire.
Ce qu’elles ont entendu et appris touche le cœur même de notre façon de concevoir, de réaliser et d’envisager un changement social profondément transformateur. Le terme utilisé importe moins que l’identification des schémas systémiques qui orientent notre façon d’aborder le changement, en essayant de nous libérer de tous les schémas qui nous éloignent de notre intention première.
Comme pour tout voyage sans carte routière – et la résolution de problèmes écologiques et sociaux complexes est sans contredit un voyage sans carte –, il faut sans cesse revoir notre orientation et notre chemin, noter les coordonnées du paysage en évolution constante, du savoir local, des exemples marquants, des expériences et des récits des autres, et avoir le courage d’emprunter une route que personne n’a jamais parcourue. En sachant que nous n’avons pas toutes les réponses, mais qu’elles se trouvent là, quelque part, nous pouvons faire un travail concerté afin de participer à leur création collective.
Merci aux boursières d’avoir dirigé et inspiré une étude, un voyage vers la connaissance et une communauté d’un caractère unique. Merci à vous toutes et à vous tous – plus particulièrement partenaires financiers, conseillers et contributeurs de votre temps, votre apport, votre appui, vos idées et votre partenariat. Le voyage se poursuit; les prises de conscience des boursières offrent des voies à suivre et un véritable choc du possible.