Meilleures pratiques et pistes d’action

Stephen Huddart est le président-directeur général de La fondation de la famille J.W. McConnell. Le 15 novembre, il a prononcé un discours de clôture au Sommet 2017 présenté par l’Institut Mallet.

Bonjour à tous. C’est un plaisir d’être avec vous ici à Montréal, et je voudrai exprimer un grand merci à l’Institut Mallet de m’avoir invité à vous parler. À mon avis la philanthropie québécoise prend un pas vers l’avant avec cette conférence.

Mon point de départ est le theme de cette conférence: La culture philanthropique au coeur de la ville.

Montréal vient de célébrer son 375e anniversaire. En septembre dernier Denis Coderre et Ghislain Picard ont dévoilé un nouveau drapeau pour la ville. À l’ancien drapeau, on a ajouté un pin blanc, l’Arbre de la Paix qui représente le rôle des nations autochtones dans l’histoire de Montréal.

McConnell President Stephen Huddart speaks to an audience in a dark room

Crédit photo: Éric Carrière

Quand Samuel de Champlain est arrivé à Tadoussac, il a été accueilli par plusieurs nations autochtones qui l’ont aidé à survivre ses premiers hivers. Ce geste représente le premier acte de philanthropie au Québec et au Canada. Presque cent ans plus tard, quarante premières nations venant de partout dans l’est du Canada se sont rassemblées ici à Montréal pour concrétiser la Grande Paix de mille sept cent un. Montréal, la terre traditionnelle et non cédé du peuple Mohawk, a bénéficié, tel que l’a dit Yvan Gauthier, de la forte culture de partage du peuple Mohawk. Jusqu’à ce jour, quand les Mohawks se disent bonjour, ils disent SKA NA GO WA NA.

Répétez après moi : SKA NA GO WA NA !

Skanagowana veut dire « Est-ce que la Grande Paix est toujours en toi ? » La réponse «Hah ! Skanagowa» veut dire «Oui, elle y est toujours ! »

Au début de la conférence, M. Jean M. Gagné nous a rappelé, « Les villes concentrent la richesse et la pauvreté. » Au cours des deux derniers jours nous avons entendu parler des grands défis auxquels l’humanité fait face: la croissance des inégalités, les enjeux de santé, de culture, d’éducation, l’exclusion sociale et les changements climatiques. En ce moment, où l’humanité doit s’adapter pour survivre, les villes représentent un bon point de départ, d’innovation et d’adaptation.

…collaborations requièrent beaucoup de patience et d’énergie. Il est souvent plus rapide de travailler en silo. En anglais, on dit que « Collaboration moves at the speed of trust ». La collaboration progresse à la vitesse de la confiance.

Dans cette lignée, le Québec est une société qui a appris à porter une grande emphase sur le bien-être collectif. Comme le mentionne Yvon Charest dans le pamphlet du sommet, « La pensée individualiste actuellement en vogue pourrait nous faire croire que nos grandes sociétés modernes sont aptes à fonctionner par elles-mêmes.» Pourtant, elles ne sont pas. Avec sa forte économie sociale, le Québec comprend bien l’importance d’investir dans le bien-être collectif. Alors que le monde se tourne vers les objectifs de développement durable de l’ONU comme cible de développement international, le Québec est très bien placé pour être un leader. Alors, quelles sont des pistes d’action pour le futur ? En voici trois :

  1. La collaboration avec les communautés et entre secteurs;
  2. Le financement de changement à grande échelle;
  3. Un nouvel engagement avec le gouvernement.

Première piste d’action : La collaboration avec les communautés et entre secteurs

Au cœur de la collaboration se trouve le pouvoir de l’écoute : d’entrer dans le monde des autres afin de mieux comprendre leurs perspectives.

Le chercheur Sylvain Lefèvre l’a mentionné hier, il y a deux ans Centraide a lancé le Projet d’impact collectif, un partenariat avec sept fondations. Ensemble, ce collectif de fondations s’est engagé à investir 21 millions de dollars sur cinq ans afin de réduire de façon mesurable et marquante le taux de pauvreté dans plusieurs quartiers montréalais défavorisés, selon des priorités identifiées et exprimées par les communautés.

Un autre excellent exemple de collaboration et d’entraide est le projet Écouter Montréal, qu’à mentionné Yvan Gauthier hier. À l’aide d’une approche ethnographique, la Fondation du Grand Montréal a fait ressortir les voix, les perspectives, et les aspirations de nos enfants. «Il faut livrer des programmes avec la communauté plutôt que dans la communauté », nous rappelle Yvan.

Aussi, Je Vois Montréal a montré le pouvoir de la collaboration entre secteurs et de l’importance de nos partenaires du secteur privé. Je vois Montréal a mené à la création de Je fais MTL, une plateforme permanente à la ville de Montréal.

Un dernier exemple de collaboration que j’aimerais souligner est celui de La nouvelle Maison d’innovation sociale, que McConnell soutient avec la Fondation Saputo et d’autres. La MIS est un organisme panquébécois qui a pour mission d’éliminer les obstacles qui se dressent entre une idée à impact social positif et sa mise en œuvre. Ce n’est pas une maison physique mais plutôt un programme qui voyage de communauté en communauté dans le but de stimuler l’innovation dans le quartiers défavorisés, et éventuellement dans les villes éloignées.

Ces collaborations requièrent beaucoup de patience et d’énergie. Il est souvent plus rapide de travailler en silo. En anglais, on dit que « Collaboration moves at the speed of trust ». La collaboration progresse à la vitesse de la confiance.

Investir dans l’égalité peut être un bon geste charitable – c’est aussi un bon investissement dans un futur viable, durable et équitable.

Une partie importante du leadership est d’explorer nos propres valeurs et pratiques. Comme nous l’ont souligné Marcel Lauzière, Kevin McCort et Yvan Gauthier hier, la communauté de la philanthropie ne reflète pas encore la diversité des communautés qu’elle dessert. La population continue à se diversifier, et la philanthropie doit le refléter.

Deuxième piste d’action : Le financement de changement à grande échelle

Traditionnellement, la philanthropie a joué deux rôles : le financement aux OSBL et l’amassement de capital pour des plus grandes campagnes comme les hôpitaux et les universités.

Mais entre ces deux types de financement il y a une lacune – soit le capital nécessaire pour améliorer nos systèmes sociaux. Investir dans l’égalité peut être un bon geste charitable – c’est aussi un bon investissement dans un futur viable, durable et équitable. Un bon exemple au Québec est le développement de l’économie solidaire, qui offre aux personnes défavorisées l’opportunité de sortir de la pauvreté. Au lieu d’emprisonner les délinquants à faible risque, nous devons plutôt investir dans la formation et la réinsertion. Et surtout nous devons construire plus d’habitations abordables, sachant qu’au long terme, c’est moins chers que de ne pas le faire. Nous devons arriver à assurer la transition vers une économie qui ne dépend pas des énergies fossiles.

Crédit photo: Éric Carrière

 

Comme nous l’a dit Sylvain Lefèvre, les fondations ne contribuent que 2% des revenus des OSBL. Il faut donc aussi regarder du côté des investissements nous a dit Marcel Lauzère. Les fondations ont à leur disposition un éventail d’outils – des garanties de prêts, des fonds responsables, des prêts, etc. – pour aligner leurs investissements avec leur mission et ainsi agrandir leur impact. Ces investissements ne remplacent pas les subventions, mais les complémentent plutôt.

Les investissements d’impact jouent aussi un rôle catalytique en attirant le capital des secteurs publics et privés. Les fondations ont une plus grande tolérance au risque des investissements sociaux que les investisseurs privés et publics. Si un investissement lié au programmes échoue, la perte des fondations peut, sous certaines conditions, être considérée comme une subvention et contribuer au quota de déboursement caritatif.

L’un des exemples dont nous sommes fiers est le projet d’habitation de la Société d’épargne des Autochtones du Canada. Sur la réserve de la nation de Huron-Wendat, près de Québec la société d’épargne donne accès à des prêts à taux d’intérêt raisonnables à l’aide de bailleurs de fonds et d’investisseurs pour que les propriétaires puissent construire, acquérir, ou rénover une résidence familiale. L’accès au capital a pour effet de réduire le sentiment de dépendance des communautés et des individus vis-à-vis du gouvernement, ainsi que de stimuler le développement économique local. C’est une vraie innovation sociale, qui est maintenant prête à être partagée avec le reste du pays.

Troisième piste d’action : Un nouvel engagement avec le gouvernement

Kevin McCort nous a dit hier que plusieurs actions d’advocacy que l’on croit être non permises sont plutôt caritatives. Il est important pour les organismes de continuer à conseiller le gouvernement. Les fondations, de leur côté, doivent utiliser leur position d’influence afin de soutenir le travail des organismes avec qui elles travaillent, et se tenir en solidarité avec ceux-ci. Ariane Émond nous a mentionné ce matin l’exemple de la lettre dans Le Devoir qui urge le gouvernement du Québec d’être encore plus ambitieux dans la lutte contre la pauvreté.

Il est aussi important de collaborer avec les gouvernements, qui travaille souvent à une échelle beaucoup plus grande que les fondations. Je me permets ici de vous parler du travail du groupe directeur de co-création de la stratégie d’innovation sociale et de finance sociale. En juin dernier, le gouvernement fédéral a mis sur pied un groupe dont je fais partie afin d’établir une stratégie fédérale sur l’innovation sociale et la finance sociale. Cette stratégie touche six thèmes : les capacités et les compétences, les financements et capitaux, l’accès aux marchés, l’environnement réglementaire, le transfert des connaissances et les données d’impact, ainsi que la mobilisation et la sensibilisation. Je vous invite tous à participer en partageant vos idées, aspirations et histoires avec le comité au site internet ci-dessus. J’ai des feuillets ici à l’avant et d’autres à l’entrée.

Pour conclure, nous faisons face à d’énorme défis, et devons mettre de l’avant le meilleur de nous-même. Trois pistes d’actions pour la philanthropie : collaborer avec les communautés et avec d’autres acteurs du milieu, développer le financement pour la mise à l’échelle, et s’engager avec les gouvernements et les reconnaître comme leviers importants de changement.