La crise actuelle causée par la COVID-19 a bouleversé le secteur de bienfaisance canadien comme jamais ne l’a fait aucun autre problème de mémoire humaine. Les personnes œuvrant dans ce secteur, que ce soit pour des organismes de bienfaisance ou sans but lucratif, des fondations, des entreprises sociales ou d’autres organismes à vocation sociale, connaissent bien le stress et l’anxiété que l’on peut vivre en essayant de fournir un soutien et des services essentiels tout en faisant face à une grande incertitude quant à son propre avenir financier.

« Nos pensées sont bien sûr avec les gens qui ont besoin d’aide aujourd’hui et avec les organismes qui fournissent cette aide. Mais nous réfléchissons aussi au besoin de penser autrement pour aborder les priorités sociales, environnementales et économiques du Canada à l’avenir », explique Stephen Huddart, président-directeur général de La fondation McConnell.

Des leaders du secteur se sont dits inquiets de la grande vulnérabilité de ce dernier face à des baisses de revenus. Comme cela a été signalé, les organismes de bienfaisance ont généralement des réserves de liquidités limitées et peu ou pas de capitaux propres, en plus d’être souvent inadmissibles à des prêts bancaires. Le 21 avril dernier, le gouvernement fédéral a annoncé la création du Fonds de soutien communautaire d’urgence de 350 millions de dollars. Il avait aussi auparavant fait l’annonce de subventions salariales. Ces mesures aideront sans aucun doute, puisque des sondages réalisés avant ces annonces par Imagine Canada, Ontario Nonprofit Network et d’autres estimaient que jusqu’à un tiers des organismes de bienfaisance ne parviendrait pas à maintenir leurs activités plus de quelques semaines ou quelques mois.

Les donatrices et donateurs individuels, ainsi que les fondations apportent également une contribution importante. Néanmoins, bon nombre d’organismes doivent faire des choix difficiles : fermer des programmes jugés non indispensables, réduire les dépenses lorsque possible et trouver comment devenir plus résilients. Le programme Innoweave de La fondation McConnell propose un nouveau parcours d’accompagnement intitulé Gérer en temps de crise. Celui-ci inclut des webinaires, un accompagnement en ligne et un répertoire de ressources.

« Au-delà d’une aide d’urgence, ce qu’il nous faut maintenant dans le secteur social, ce sont des mesures qui encourageront la résilience et l’innovation pour le reste de 2020 et au-delà », affirme Huddart.

Celui-ci a demandé deux nouvelles mesures propres au secteur : un engagement de la part des fondations à accroître leurs versements à 5 %, comme recommandé par la campagne DONNEZ5, et la création d’un fonds de stabilisation du secteur. Huddart a demandé cette deuxième mesure dans un message public partagé par la sénatrice Ratna Omidvar, vice-présidente du Comité sénatorial spécial sur le secteur de la bienfaisance, qui a produit l’an dernier le rapport Catalyseur du changement : une feuille de route pour un secteur de la bienfaisance plus robuste. La troisième mesure urgente renvoie à l’apprentissage et à la collaboration pour faire face aux répercussions économiques de la COVID-19, tout en continuant d’aborder les crises causées par les changements climatiques et les inégalités croissantes.

1) Campagne DONNEZ5

L’Agence du revenu du Canada demande aux fondations de verser annuellement 3,5 % de leur dotation. Vu la hausse dramatique des besoins communautaires résultant de la COVID-19, le conseil d’administration de La fondation McConnell a accepté que les versements de cette année passent du 4 % habituel à 5 %. Nous nous sommes aussi joints à la campagne DONNEZ5 pour demander à toutes les autres fondations de faire pareil.

2) Fonds de stabilisation du secteur

Pour bien survivre à la pandémie de la COVID-19, le secteur social aura besoin d’une intervention nationale qui garantira des fonds de stabilisation, y compris des subventions et des prêts à long terme et à faibles taux d’intérêt (capitaux patients). Il faudra également un soutien technique pour aider les organismes de bienfaisance et sans but lucratif, ainsi que d’autres organismes à vocation sociale à rebâtir leurs sources de revenus et faire preuve d’innovation en matière de services et de modèles opérationnels.

3) Vers de nouvelles formes d’apprentissage et de collaboration

Bien que nous anticipions avec prudence le relâchement à court terme par le gouvernement des mesures de distanciation sociale liées à la COVID-19, nous savons que les effets de la crise se feront sentir longtemps. Les efforts visant à faire face à l’impact économique de celle-ci nous amènent à réfléchir aux crises déjà causées par les changements climatiques et les inégalités croissantes. Un retour à « la normale » est non seulement peu probable, il est aussi peu souhaitable en raison de problèmes qui incluent des inondations et des incendies de plus en plus graves et fréquents, un manque de logements abordables, une hausse du taux de chômage, une perte de biodiversité et le fait que nous avons échoué à réduire nos émissions de gaz à effet de serre au cours des 20 dernières années. Ces crises chroniques existaient déjà et demeurent actuelles malgré l’urgence de la COVID-19.

Nous avons hâte de nous joindre à d’autres pour trouver des voies d’avenir plus inclusives, durables et résilientes, en profitant d’un sentiment renouvelé de solidarité sociale et de la réalisation que c’est une de nos dernières chances pour bien faire les choses pour les générations à venir.

« L’Histoire va montrer que les Canadiennes et Canadiens ont répondu avec générosité, compassion et ingéniosité à la crise de la COVID », termine Huddart. « J’espère aussi qu’elle montrera que la crise a fait de nous un pays plus fort, qui chemine plus rapidement vers la création d’une économie durable, d’une plus grande inclusion sociale et d’un accès équitable pour tous, et vers la réconciliation avec les peuples autochtones. »