Le pouvoir de la vulnérabilité

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Par Danica Straith. Danica s’est jointe à l’équipe Re-Code au printemps 2015 comme boursière en innovation sociale pour un mandat d’un an dans le cadre du programme de bourses de recherche de La fondation de la famille J.W. McConnell.
J’ai beaucoup à dire sur cette année essentielle et ce que j’ai appris au moment où je termine mon année comme boursière Re-Code au sein de La fondation de la famille J.W. McConnell. J’aimerais toutefois boucler la boucle en ce qui concerne un de mes objectifs d’apprentissage initial, même si c’est possible que je sois encore dans la boucle, ou que celle-ci ressemble en fait à une forme ovale, mais bon, voici où j’en suis.
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J’ai dit au début de ma bourse de recherche que je souhaitais développer mes compétences relativement à la gestion des intervenants et aux relations avec ces derniers au sein de l’écosystème bourgeonnant de Re-Code. Cet objectif se rapportait à une intention plus personnelle de renforcer mes capacités afin d’apprendre à mieux entrer en relation avec une variété de gens, les rejoindre là où ils se situent et trouver une façon de parler la même langue qu’eux de manière sincère et authentique. Mes recherches précédentes sur l’optimisation de l’impact m’ont en effet permis de conclure que la capacité d’entrer en relation de manière sincère est cruciale pour approfondir les travaux collectifs visant à résoudre des problèmes systémiques et bien enracinés. Nous pouvons bien sûr parler autant que nous voulons d’amplifier des modèles, mais s’ils ne peuvent pas être intégrés au tissu social et compris au quotidien, ils seront inutiles. Cette réalité renvoie à une des trois dimensions de l’optimisation : scaling deep/l’optimisation en profondeur*.

Il semble que pour faire réellement preuve d’empathie, nous devons de temps en temps afficher une certaine vulnérabilité devant nos collègues et partenaires.


L’empathie est un des principes directeurs de La fondation au moment de l’analyse et de la création conjointe avec les demandeurs de bourse. Les penseurs de systèmes et les innovateurs sociaux qui connaissent du succès doivent posséder une certaine capacité d’empathie pour changer réellement quelque chose auprès des communautés vulnérables dont ils font partie ou qu’ils servent. Une des choses que j’ai apprises au cours de la dernière année est que pour faire preuve d’empathie, nous devons aussi afficher une certaine vulnérabilité. Nous sommes convaincus à La fondation que nous devons oser et prendre des risques, et tirer des leçons à la fois de nos réussites et de nos échecs. Nous le mentionnons souvent lorsqu’il est question de nos projets et initiatives, mais cela peut aussi faire référence à des réalités bien personnelles. Il semble que pour faire réellement preuve d’empathie, nous devons de temps en temps afficher une certaine vulnérabilité devant nos collègues et partenaires. Nous ne sauterons pour ainsi dire pas à pieds joints dans les problèmes que nous tentons de régler si notre seule responsabilité est de faire preuve d’empathie face à la vulnérabilité des autres. Pour que la réciprocité nécessaire aux types de relation dont nous avons besoin pour changer les systèmes puisse exister, nous devons communiquer des sentiments qui nous rendent mal à l’aise ou inconfortables, et ce, dans le but de laisser libre cours à l’énergie qui peut résulter de ces moments d’humanité rassembleurs.
 
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Certains d’entre nous avons par exemple discuté de la manière dont nous pouvons incarner l’état de nos initiatives. Lorsqu’une d’elles se déroule bien, nous pouvons éprouver un sentiment de confiance qui se répercute sur d’autres aspects de notre vie. Au contraire, lorsqu’une d’elles a pris un mauvais tournant, nous pouvons ressentir cela comme une défaite, ce qui pourra diminuer notre sentiment de capacité dans d’autres domaines. Il est question ici de systèmes brisés dans lesquels nous nous investissons pleinement en vue de les réparer. Il est donc naturel pour nous de vivre les réussites et les échecs intensément. D’autant plus que nous savons que ces systèmes causent de la souffrance à ceux qui sont peu ou nullement desservis par ces derniers.
 

Comment être plus à l’aise face à la colère, la tristesse et la déception?

 
Cela étant dit, et alors que je réfléchis au lien entre l’innovation sociale, l’empathie et désormais la vulnérabilité, je me demande comment cela se transpose dans la réalité. Comment être plus à l’aise face à la colère, la tristesse et la déception? Comment vivre avec une émotion pour en venir à la voir pour ce qu’elle est et utiliser cette énergie pour comprendre quelque chose de nouveau ou atteindre un autre niveau de partenariat ou de motivation? Il existe une gamme complète d’émotions qu’il ne faut pas tenter de neutraliser pour éviter de heurter notre sensibilité. Selon moi, accéder de manière réfléchie à ces vulnérabilités qui transcendent les limites personnelles et professionnelles pourra nous aider à amorcer des relations cruciales à l’atteinte de nos objectifs.
 

Personne ne peut être tout le temps vulnérable.

Il existe également un équilibre sain entre le don et la réception. Personne ne peut être tout le temps vulnérable. Nous devons parfois nous protéger, nous sentir confiants, essayer des choses et continuer à avancer propulsés par notre seul désir de survie. Je repense à Adam Kahane et à sa magnifique réflexion sur le pouvoir et l’amour dans le cadre de laquelle il nous encourage à développer notre moteur le plus faible (soit l’amour, soit le pouvoir). Cela signifie mettre l’accent sur un processus d’intégration et d’homogénéisation sociales OU sur un processus d’individualisation et de différenciation sociales, peut-être en laissant aller notre esprit entrepreneurial. Dans l’ensemble, si nous voulons agir comme des leaders en aidant des gens qui sont en train de tomber à courir de nouveau, nous devons nous permettre de le faire avec eux. Nous bâtirons ainsi un sentiment de confiance utile et une connexion qui ne pourra jamais être rompue.